Cameroun – Désordre urbain à Édéa : Péril sur l’ancienne place des fêtes.

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Lire la chronique de Joëlle Essome sur l’occupation anarchique des espaces publics en plein centre-ville d’Édéa.


La planification d’une ville est une donnée très importante dans le développement de celle-ci et même dans le mieux-être des populations qui y sont appelés à vivre. S’il existe plusieurs plans d’urbanisations dans le monde c’est bien en fonction la plupart du temps du niveau de vie et à la fois de compréhension des peuples. Des villes en forme d’aigle, tracées tel le tableau d’un jeu de dames, les plans sont bien nombreux mais surtout distinctifs. L’Afrique, en particulier le Cameroun, se distingue par la particularité de ses plans urbains revêtant une forme d’anarchie sans pareille. Le chef-lieu du département de la Sanaga Maritime n’en est pas exempté. Ici, c’est encore plus spécial. L’on applique à la lettre le célèbre dicton : «là où la route passe, le développement suit ». Il suffit donc qu’une piste, qu’un sentier jaillissent pour voir ses bords occupés minutieusement par les populations toutes fières de l’existence du nouveau lieu.
L’avenue MBOME de nom, est l’axe principal de la ville d’Edéa. Elle sert à cet effet de place centrale, car s’y trouvent de nombreuses agences bancaires et il y a quelques mois encore, c’était le lieu de tous les défilés nationaux. De la fête nationale de la jeunesse, en passant par la journée internationale de la femme, la fête du travail, ou encore la fête nationale du pays. Élèves, enseignants, femmes et travailleurs de tous bords y défilaient, en marquant des pas virulents, signe d’adhésion aux différentes causes du défilé. Dans une dynamique d’évolution, les autorités de la ville ont inauguré au mois de Juillet dernier une toute nouvelle place des fêtes, plus majestueuse et grandiose, détruisant ainsi la précédente tout en promettant de la transformer.
Hélas ! Comme d’habitude les promesses sont multiples mais les réalisations rarissimes. Bien avant sa destruction, la tribune accueillant les officiels lors des cérémonies servait en temps calme et ceci sept jours sur sept de lieu de commercialisation des manuels et/ou livres de seconde main. L’endroit, habituellement appelé « poteau » accueillait également le célèbre fou, passionné de journalisme et de reportage. Les différents acteurs, chacun de son côté menaient paisiblement leurs activités, bien protégés par le toit de l’édifice.
Lors de sa destruction le maire de la ville promis de les déguerpir afin que l’espace soit libre et serve à un bon usage. Faut croire que dans cette situation les mots du maire, tranchants tels des sabres de samouraï japonais n’ont pas pu couper l’élan de ces commerçants de livres qui, aussitôt le toit de la tribune arraché ont chacun avec les moyens de bords, reconstruit à leur manière leur lieu de commerce. L’ancienne place des fêtes d’Edéa est donc devenue un mini marché aux livres. Des librairies nouvelles en plein air dont les propriétaires, business men du livre y réside sans gêne aucune et avec une détermination de se faire du beurre coute que vaille. La mairie de la ville, plus silencieuse qu’une statue, observe la situation tandis que le fou journaliste, comme à son habitude, posté devant ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui « le poteau d’Edéa » fait le show venant ainsi mettre du piment dans cette sauce d’anarchie bue par tout le monde.

Joëlle Essome

                                                                                 

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