Cameroun – Tribune libre du Prêtre philosophe, Jean Armel Bissi : Faire un doctorat aujourd’hui ne doit plus être la priorité de l’étudiant africain.

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Mes frères africains, étudiants de tous les univers, rendus aujourd’hui à ce niveau de crise économique dont notre société subit les horreurs ; et vouloir faire de longues études, surtout jusqu’au niveau du doctorat, est un schéma déjà très ancien et infecond, à mon sens.

Ni en Occident, ni dans votre propre pays, une thèse de doctorat ne va plus vous sortir du chômage, au lendemain de votre soutenance. N’oubliez pas que, le temps que vous passez sur les bancs, est tenu à un résultat. Vos études ne doivent pas laisser de traces, que de simples papiers appelés diplômes. Par contre, elles doivent générer des revenus : produire des richesses et vous sortir de la dépendance.

Ainsi, faut-il penser que de longues études, qui vous font demeurer chômeurs, vous aliénent. Elles ne sont pas déterminantes, encore moins pratiques. Aujourd’hui, il ne faut s’y engager que si vous gagnez déjà votre vie ; et avez juste besoin d’une qualification plus élevée. On peut aussi les faire si vous avez déjà un employeur qui vous a garanti un poste de travail et qui vous le fera prendre après votre soutenance. Il est encore mieux de les faire, si l’objectif est de s’auto-employer. Loin de ces perspectives, courir vers un doctorat, en vue d’un emploi non encore garanti, devient une perte de temps.

C’est le diplôme majeur de plusieurs oisifs et débrouillards, qui écument les administrations publiques et diverses entreprises aujourd’hui. Aussi bien en occident, que dans le tiers-monde. Il est prestigieux. Mais, il n’est pas utile au monde de l’emploi. Il est pompeux, mais on ne sait à quelle opérationnalité il correspond en entreprise.

Il est le diplôme de l’élite. Or, l’élite n’a pas des problèmes de subsistance. Elle fait des études par pur loisir. C’est un passe temps, voire une simple passion dénuée de tout opportunisme. J’aimerais par ailleurs dire que, j’emploie en ce moment un docteur en droit public d’une université occidentale, à un poste de travail fantaisiste, comparativement à son diplôme. Car, je n’ai rien de mieux à lui proposer. Le but est de l’aider à avoir un peu de quoi manger. Depuis son retour au pays en 2007, aucune université ne l’a recruté. Aucune entreprise ne l’a appelé. Même l’administration publique ne voit pas la nécessité de lui attribuer un petit poste de travail. Il est à ce jour celui qui est en charge du remplissage des cartes de baptême dans ma structure paroissiale.

Je pense donc que, l’heure n’est plus à la course au diplôme. Je n’en parle pas en tant que personne dont le parcours académique est insignifiant. J’ai eu la plupart des grands diplômes dans ma vie. Le seul qui me reste à glaner est le doctorat. Cette année encore, je me suis abstenu de prendre une inscription en thèse pour les raisons que j’évoque dans ce texte. J’ai un diplôme professionnel de niveau Bacc+5 : le DIPES 2 de l’école normale supérieure de Yaoundé. Je suis titulaire d’un master en philosophie ( université de Yaoundé 1). J’ai quatre licences universitaires ( théologie, philosophie, droit privé et droit public). On ne peut pas vraiment dire que je n’ai pas pu, ou encore que je n’ai pas un CV académique éloquent. Juste une thèse de doctorat suffit pour que je dise que rien ne me manque intellectuellement.

Quelle en est cependant l’opportunité aujourd’hui ? Sur cent docteurs que fabriquent les universités de mon pays, le Cameroun, chaque année, combien trouvent un emploi et combien s’auto-emploient ? Combien vivent dignement du revenu qu’ils perçoivent après qu’ils ont trouvé un emploi avec ce parchemin aliénant ? Combien sont-ils nombreux à pouvoir dire qu’ils ont un train de vie supérieur à celui d’un bachelier, d’un licencié ou d’un master ? Combien sont-ils nombreux à être préféré à quelqu’un qui n’a qu’une formation professionnelle, tant dans l’administration publique que dans le secteur privé ? Combien trouve-t-on qui parviennent à s’auto-employer après une thèse de doctorat ?

Peut-être très rarement des docteurs en médecine, parce-qu’ils sont des professionnels, au même titre que l’avocat, l’huissier, le magistrat, l’ingénieur, le pédagogue etc.

Il faut donc penser aujourd’hui, non plus à des parchemins non opérationnels, mais à des parcours valorisants. Il faut se former à des métiers. De nos jours, le travail ne se fait plus disponible. Il faut créer le sien. Il faut se façonner son expertise sans se douter que, c’est par elle seule que l’on vivra demain. Il faut apprendre à être utile. Or, le doctorat ne rend pas utile, puisqu’il n’accouche pas d’une expertise qui crée l’emploi. Il ne situe pas un chômeur, mais le laisse dépendant. C’est un diplôme aliénant pour une société qui vit, non pas de l’emploi à escompter ou du salaire à percevoir, mais des services à rendre « hic et nunc ». Nous sommes dans un monde d’échange de services. Toute étude approfondie qui ne conditionne pas un service à saisir et à échanger est chimérique, voire vaniteuse.

Abbe Jean Armel Bissi, prêtre, enseignant de philosophie, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, master en philosophie.

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