Cameroun – Polémique autour de la convention d’exploitation du Fer de la Lobé : Le député Cabral Libii interpelle le Président Paul Biya.

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Dans une tribune libre, produite le 11 mai 2022, l’honorable Cabral LIBII, Député de la nation, et Secrétaire au Bureau de l’Assemblée Nationale, s’insurge contre la signature de la convention d’exploitation du fer de la Lobé, par l’entreprise chinoise Sinosteel. Et demande au Président de la République de ne pas accorder ce permis d’exploitation.

Le 6 mai 2022, le Ministre camerounais des mines a signé une convention avec la filiale camerounaise de l’entreprise d’Etat chinoise SINOSTEEL. L’objet de la convention est l’exploitation industrielle du gisement de minerai de fer de la Lobé situé entre Kribi et Campo.

Les réserves du minerai de fer sont estimées à 632,8 millions de tonnes. Cette estimation a été faite par la même entreprise SINOSTEEL qui avait obtenu en 2017, un permis d’exploration.
SINOSTEEL prévoit d’extraire par an 10 millions de tonnes de minerai ayant une teneur en fer de 33%, puis elle va enrichir ces dix (10) millions de tonnes pour obtenir 4 millions de tonnes de minerai concentré de haute teneur en fer, c’est-à-dire plus de 60% de fer.
Si le permis est accordé, il va s’étaler conformément à l’article 56 (1) du code minier de 2016, sur une durée initiale de 20 ans, puis il va être renouvelé en 03 périodes de 10 ans, pour une durée totale de 50 ans.

L’entreprise d’Etat chinoise compte investir 425 milliards de francs CFA pour un revenu annuel de 23 milliards pour le Cameroun. En 50 ans, hormis des emplois générés, l’Etat du Cameroun bénéficiera d’un investissement de 425 milliards majorés de 1150 milliards cumulés de revenus pour un total 1674 milliards.

VOICI LES RAISONS POUR LESQUELLES C’EST UNE AFFAIRE SCANDALEUSE

1- Risque élevé lié à l’estimation du gisement. Comme sur d’autres projets de même type, rien ne nous garantit que les estimations du gisement sont exactes. Ayant été faites par une seule entreprise, la même qui veut exploiter, il y a risque soit de sous-estimation, soit de surestimation. Dans un cas ou dans l’autre, le peuple se sera fait flouer ou illusionné. Le Président de la République ayant créé le 14 décembre 2020 une entreprise d’Etat comme la SINOTEEL chinoise, appelée SONAMINES, rien ne justifie plus que le Cameroun prenne le risque de l’arnaque ou de la désillusion. Cette entreprise doit être dotée des moyens techniques et technologiques lui permettant d’explorer par elle-même et de « contre-expertiser » des estimations et même les exploitations faites par des étrangers. Ce prix le Cameroun doit accepter de le payer pour sortir de la servitude ;

2- Financièrement c’est une braderie criminelle. En avril 2022, le prix de la tonne de minerai de 33% de fer est d’environ 95 000 FCFA sur le marché international. Le prix de la tonne de minerai enrichi de 60% est d’environ 1,5 million de FCFA.
Ainsi en 50 ans, à supposer que les prix stagnent sur le marché international, 10 millions de tonnes de minerai de 33% de fer x 50 ans, donc 500 millions de tonnes (sur les 633 estimés) x 95 000 FCFA (prix de la tonne), rapporteraient 47 500 milliards.
Si l’entreprise décidait d’enrichir à 60% tout le minerai extrait, ça donnerait 4 millions de tonnes de minerai de 60% x 50 ans, donc 200 millions x 1,5 million de FCFA (prix de la tonne), soit 300 000 milliards.
Ainsi, pendant que le Cameroun va engranger moins de 2000 milliards de FCFA en 50 ans, l’entreprise chinoise va engranger entre 45 000 milliards et 300 000 milliards. C’est vrai que nos simulations ne tiennent pas compte des fluctuations et autres détails d’investissement et de fonctionnement, mais le gap est énormissime et scandaleux. Le peuple ne peut pas accepter cela.

VOICI CE QUE NOUS PRECONISONS

1- Le Cameroun dispose désormais d’une entreprise minière d’Etat appelée SONAMINES. Selon l’article 4 de son décret de création du 14 décembre 2020, elle a entre autres pour mission, de mener les activités d’exploration et d’exploitation des substances minérales, mais aussi de promouvoir la transformation et le conditionnement des substances minérales. La SONAMINES a donc les mêmes attributions que la SINOSTEEL. Si l’exploitation de l’énorme gisement de minerai de fer de la Lobe nécessite 425 milliards, le capital de la SONAMINES, comme le prescrivent ses statuts adoptés le 14 décembre 2020, peut être ouvert à l’actionnariat privé. Ainsi des banques camerounaises, des particuliers d’ici et de la diaspora pourraient lever les fonds. Le Cameroun ferait du coup un bon spectaculaire en matière de développement. Le Cameroun génèrerait alors par an dans l’exploitation autonome de ce gisement entre 1000 milliards et 6 000 milliards. En simple, en dotant la SONAMINES des capacités technologiques d’enrichissement du minerai de fer, le Cameroun pourrait générer par an seulement avec la mine de la Lobe, l’équivalent de son budget annuel actuel ;

2- Le Cameroun dispose déjà d’un tissu industriel en matière de métallurgie, qui est non négligeable. Ces entreprises peuvent également être mises à contribution dans l’exploitation, puis dans la transformation en pellets (conditionnement pour l’exportation) ou en d’autres usages. Le Cameroun pourrait rapidement devenir une référence mondiale en matière d’exportation de produits semi-finis et finis à base de minerai de fer, tel que le CANADA ou l’AUSTRALIE ;

3- Le respect scrupuleux de la loi du 11 juillet 2018 portant code de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques au Cameroun qui dispose en son article 6 : « (1) les contrats entre l’administration et les entreprises publiques ou privées, notamment les entreprises d’exploitation des ressources naturelles (…), sont clairs et rendus publics. Ces principes valent tant pour la procédure d’attribution du contrat que pour son contenu. (2) ces contrats sont régulièrement contrôlés par la juridiction des comptes et par les commissions parlementaires compétentes ». LA convention signée par le Gouvernement doit donc être rendue publique afin que le peuple sache ce qu’il en est. C’est la loi ! ;

4- Que le Président de la République n’autorise pas cette Convention. Car c’est à lui qu’appartient le dernier mot, conformément à l’article 55 du Code minier de 2016 qui dispose : « Le permis d’exploitation de la mine industrielle est accordé par décret du Président de la République ».

Hon. Cabral Libii, Député, Secrétaire au Bureau de l’Assemblée Nationale.

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