Cameroun – Tribune libre du prêtre philosophe Jean Armel Bissi : De la vocation sacrée de l’enseignant au-delà du traitement à plaindre.

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Une contribution sacerdotale au débat en cours au Cameroun, portant sur la condition de l’enseignant Camerounais.

L’humanité qui est en chacun de nous est une construction que nous devons non pas à la nature, mais à l’éducation. Or, il n’y a pas d’éducation sans enseignant. Donc, il n’est pas d’humanité qui puisse être envisageable sans un accompagnement du maître de l’esprit et du corps, qu’est l’enseignant.

Au moment où la condition de l’enseignant devient ridicule dans un pays qui aspire à l’émergence, on est en droit de se demander si un tel pays vise une émergence de rustres et de démons. En effet, mettre les enseignants de côté au rang des priorités des pouvoirs publics revient à reléguer aux dernièrs plans l’humanité à bâtir pour l’émergence dont l’ultime visibilité n’est pas celle des stades, des autoroutes, des immeubles ou encore des barrages hydroélectriques, mais plutôt celle d’une condition humaine accomplie.

On ne doit cependant pas nier que l’État est pauvre et qu’il n’a pas la mesure de toutes ses ambitions. Des efforts sont faits, surtout qu’il n’y a pas que des problèmes d’enseignants à résoudre. Il se pose aussi aujourd’hui des inquiétudes nées de la crise séparatiste de nos régions anglophones, du grand terrorisme, dont Boko Haram est la menace à l’Extrême-Nord du pays et de la pandémie du Coronavirus.

Tout cela a étranglé les pouvoirs publics et rentre au rang des priorités, dont ne peut se passer la gouvernance actuelle.

Notre propos n’est donc pas de nier les efforts de l’État, encore moins de saluer la démission des enseignants de leurs salles de classes. Nous invitons juste les deux parties à se comprendre et à faire preuve de bon sens.

À travers le Président Paul Biya, l’État a fait son examen de conscience et s’engage à redorer le blason du métier d’enseignant. Cet État mérite de la confiance. Il faut donner une écoute favorable à sa parole. Nous voyons d’ailleurs plusieurs administrations s’ébranler, pour éteindre le feu des récriminations en cours. Ce n’est pas de la mascarade, mais une réelle volonté de tourner la page de cette époque qui ridiculisait les seigneurs de la craie.

Aux enseignants, il convient une obligation de bon sens. Les problèmes que vous avez posés ont besoin d’un traitement qui exige un peu de temps. L’État ne peut pas les résoudre en cliquant le doigt. Il faut mobiliser les administrations concernées et mettre en marche de nouvelles procédures et autres techniques qui vont cadrer avec vos attentes. L’idée de ne pas rentrer dans les salles de classes avant d’avoir perçu vos droits n’est donc pas heureuse.

Soyez patients et cela ne durera plus. Rentrez reprendre vos enseignements et ne doutez plus de l’intérêt que la nation affecte à vos réclamations.

Il convient en dernier lieu de dire que l’enseignement est un sacerdoce : un sacrifice total de soi-même pour l’édification d’une humanité meilleure. Tout enseignant est lié au sacrifice de sa personne, même quand il arrive que les salaires soient les meilleurs du monde. Socrate n’aura pas été qu’un philosophe, mais aussi un enseignant. Il est mort par pure ignorance du rôle qu’un enseignant joue dans une société corrompue.

Jésus-Christ aussi n’était pas qu’un Messager venu du ciel mais un enseignant, dont le souci était de restaurer un ordre social juste. À son tour, il est mort par pure ignorance de ce qu’est un enseignant. Il en a été ainsi de l’Antiquité, jusqu’à nos jours, où nous venons de voir Hamidou mourir, après dix années de salaires non payés, alors que son amour pour la craie et la transmission des savoirs n’a aucunement tari.

Il convient donc de dire que l’enseignant qui entre en classe et impose le sommeil à ses élèves, au lieu de dispenser son cours, n’est pas fidèle à son serment. Il n’est pas en cohérence avec sa vocation dont le but n’est pas de tuer le génie, mais de l’aider à éclore. Même sans salaire et sans couverture sociale, l’enseignant est un chef de troupes dont le renoncement au combat est synonyme de trahison. Il doit mourir à son engagement. Il doit souffrir en sa personne à chaque fois qu’il fait son travail et que reconnaissance ne lui est pas rendue. Il doit porter sa croix comme le Christ, boire la ciguë comme Socrate, ou encore mourir comme Hamidou, sans jamais trahir l’engagement sacré qui est de façonner la jeunesse qui lui est confiée.

Les pleurs d’un enseignant font écho. Mais, son sacrifice est davantage plus pinçant que ne l’est une alarme au passage d’un train sur un chemin de fer qui sectionne un carrefour de grande ville en deux. On est enseignant pour mourir du bon service à rendre et non pour désister lorsque l’employeur est défaillant. Enseigner est un martyre. Celui qui rêve d’une vie de confort devient administrateur civil, douanier, contrôleur des impôts, manequin ou footballeur. Par contre, un enseignant est un prêtre du savoir. Il est tenu au sacrifice de sa personne en vue de l’accomplissement des savoirs à transmettre. Il est la liqueur précieuse qui calme la soif d’une société ingrate bien que avide des hommes accomplis. Alors même que des conditions meilleures leur sont déjà promises, tout enseignant vrai et convaincu doit avoir déjà repris sa craie afin que sa mission sacrée ne souffre plus d’aucun dysfonctionnement.

Jean Armel Bissi, prêtre et enseignant de philosophie ( diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé)

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