Cameroun – Impunité et d’échéance morale : Le philosophe psychopédagogue Jean Paul Nna Mvondo s’insurge.

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Dans sa chronique du 23 mai 2022, le philosophe psychopédagogue Jean Paul Nna Mvondo, interroge les causes de la décrépitude morale avancée dans la société Camerounaise actuelle, et en décrypte les conséquences dans le vécu quotidien des populations.

L’impunité d’État serait-elle une source de renforcement des pratiques maffieuses indécentes, orchestrées par les autorités et administrateurs publics, dans différents domaines d’intervention auxquels ils sont acteurs principaux ?

Cette interrogation d’une grande acuité scientifique pose la problématique de l’impunité qui est le fait de ne pas punir, ou le manque de punition des exactions commises par les acteurs sociaux.

En effet, il se donne à observer dans notre pays, une sorte de laxisme et d’inertie dans la gestion des exactions et fautes lourdes commises par les autorités et agents publics en particulier.

On se croirait dans une sorte de « no Man’s land », juridico institutionnel, qui encouragerait des délits commis par les hauts commis de l’État, comme d’une sorte de prouesses techniques réalisées.

Beaucoup de commis de l’État en effet, quoi que passibles de soupçons de malversations financières constatées, de détournements de deniers publics dans leur gestion, ne sont pas inquiétés, ni même interpellés par la justice. Donnant ainsi la vague impression que tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes possibles.
Il en va de même des abus sexuels, des agressions physiques perpétrées par des acteurs sociaux sur d’autres, sans que les procédures judiciaires ne soient mises en branle pour investiguer et punir les coupables à la mesure de l’offense .

Les alertes sont données par le chef de l’État du Cameroun sur la question. Dans un de ses grands discours de fin d’année 2021, il a d’ailleurs promis des représailles à l’endroit de tous ceux qui s’amusent avec la fortune publique. Mais, curieusement, rien de nouveau sous le soleil. Les mêmes individus soupçonnés de malversations financières constatées, ou bien les auteurs des agressions sexuelles, ou physiques perpétrées sur d’autres citoyens, semblent avoir l’assentiment du justiciable pour ne jamais être inquiétés.

Cette pratique alambiquée de la justice sociale nous suggére deux grilles de lecture.
La première grille de lecture porte sur la puissance de l’autorité de l’État qui, de plus en plus, subit une défiance des populations qui ne se reconnaissent plus en leurs dirigeants. Et, toutes les décisions prises par ceux-ci sont considérées comme du menu fretin, si ce n’est un épiphénomène.

La deuxième grille de lecture interroge la mortalité des citoyens Camerounais qui semblent, en observant les comportements sociaux de l’heure, être plus proches de la sauvegerie et de la barbarie légendaire, que furent des pratiques sociales d’antan que du civisme. Et que le législateur Camerounais de l’époque, a travaillé à abolir pour favoriser l’éclosion des citoyens Camerounais intègres, responsables et respectueux des valeurs axiologiques, humanisantes, propres à toutes sociétés modernes.

Dans cet imbroglio indescriptible généralisé de comportements sociaux antimoraux, nous nous posons finalement la question de savoir , qu’est-ce qui pourrait en être la cause majeure ?

Et parmi les causes décelées, se trouve en première ligne, l’impunité.

Comment un État qui ne punit pas les délinquants sexuels, les prévaricateurs de la fortune publique, les agresseurs sexuels et physiques sur d’autres Camerounais, pourrait- il se prévaloir d’être un État de droit, où l’exercice des droits fondamentaux des individus sont respectés ?

Ce genre d’État, pourrait-il encore prétendre atteindre l’émergence en sacrifiant sa dignité, sa l’égalité et sa légitimité sur l’autel du griotisme, du népotisme et de l’impunité des fraudeurs invétérés ? Et pourtant, on voit bien avec quel acharnement on punit les petits voleurs de mangues au marché. Mais pas toujours les detourneurs de milliards de nos francs CFA. Punition à tête chercheuse, on dirait. Mais, qui plombe les entreprises sociales à devenir compétitives.

Il se donne clairement à voir que notre pays le Cameroun, est dans la spirale infernale du déshonneur et de l’interdit. Surtout lorsqu’il admet l’impunité comme une valeur essentielle.

Le faisant d’ailleurs, nous voyons avec quel rythme les agressions physiques et sexuelles perpétrées sur de nobles citoyens Camerounais, par des hommes sans foi ni loi, s’accentuent de jour en jour. De même, il est de notoriété publique de voir avec quelle dextérité et rapidité, je dirais même avec quelle maestria, les commis de l’État détournent les fonds publics. Tout cela, sans qu’ils soient inquiétés. La procédure à la mode est de brandir, en tout temps et en tout lieu, la présomption d’innocence.

Dans ce caphernaum indescriptible d’incertitudes dans la mise sur pieds des stratégies idoines de redressement judiciaire des torts, l’impunité prospère et perdure, en donnant ainsi aux populations Camerounaises, des coudées franches pour mieux préparer des coups fourrés et des actes de vandalisme économique.

Chaque citoyen Camerounais deviendrai ainsi créateur de sa propre morale sociale et administrative. Chacun créant un monde de tous les possibles.

Résultats des courses, la décrépitude morale avancée et le climat social conflictogène et délétère s’accentuent au fil des jours.

Le Cameroun dans ces entrefaites, devient un exemple de pays dont la corruption et le népotisme sont érigés en règles d’or.

Cela a fait dire au professeur Hubert Mono Ndjana que : « dans un pays où on a écarté la norme, pour normaliser les écarts, il ne faudrait s’attendre à rien de spécial. Si ce n’est la putréfaction de la société Camerounaise entière, dont les décideurs politiques s’emploient à consolider par une gouvernance par embuscades ».

Comment faire donc pour sortir de cette impasse ?

Il convient de changer de paradigme émotionnel, comportemental, culturel et artistique, en implémentant la rigueur et la MORALISATION, idéologie politique pourtant énoncée par le chef de l’État Camerounais, Paul Biya, à sa prise de pouvoir en 1982, mais toujours pas appliquée véritablement dans les faits.

Pour tordre le coup à l’impunité, il convient de :

1) appliquer convenablement les prescriptions de la constitution de la République du Cameroun.

2) instaurer une bonne gouvernance basée sur une justice sociale, équitable pour tous.

3) respecter la liberté des uns et des autres dans une société de solidarité agissante, de convivialité et du vivre-ensemble harmonieux cohérent et pacifique.

4) permettre à tout Camerounais d’être judiciable devant les lois de la République, afin d’éviter la promotion des droits d’exception accordés à une minorité de personnes.

5) créer une synergie d’actions, mieux une dynamique sociale positive, qui accorde les mêmes droits et les mêmes obligations pour tous.

Le faisant, le Cameroun serait dans la possibilité de devenir cet havre de paix qu’on a toujours institué de fait et non de juré sur le strict plan des slogans publicitaires.

Un État de droit est possible au Cameroun en abolissant l’impunité. Les êtres humains en général et les camerounais en particulier, étant tous des hommes à respecter.

La balle est ainsi dans le camp des décideurs. Prenez le commandement !

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