Cameroun – Médicaments de la rue : Le péril sanitaire.

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Les pharmacies non conventionnelles se multiplient chaque jour dans la ville de Yaoundé. Et ceci, sous la barbe des autorités administratives, au mépris de la réglementation en vigueur.

Marthe Amougou n’oubliera jamais la journée du 1er novembre 2018. Ce jour, raconte la jeune dame, propriétaire d’un institut de beauté au marché Mokolo : « j’avais perdu ma mère. Elle avait consommé le médicament de la rue et avait fait une allergie. Conduite d’urgence à l’hôpital, elle est malheureusement décédée quelque heures plus tard ».

Comme cette dame, nombreux sont ceux qui périssent chaque jour après avoir consommé un médicament de la rue. Malgré les alertes, les publicités, les mises en demeure, les saisies des produits frauduleux et les campagnes de sensibilisation, organisées par les pouvoirs publics, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur.

On peut même lire régulièrement sur les panneaux publicitaires dans la ville de Yaoundé, le message d’alerte suivant : « Les médicaments de la rue tuent ».

Mais, les populations, pour une raison ou pour une autre, font la sourde oreille et placent leurs destin sanitaire entre les mains inexpertes des “docta”, comme on appelle généralement ces vendeurs de médicaments de la rue, pour la plupart formés dans le tas.

Les prix de ces médicaments de fortune, aux origines douteuses, et à la conservation très approximative, semblent séduire le citoyen lambda, qui redoute les vraie pharmacies, pour des raisons économiques.

« Je prends généralement les médicaments de la rue parce qu’ils coûtent moins chères. Et en plus, ce sont les mêmes produits que ceux de la pharmacie qui sont beaucoup plus chères » : explique une dame qui a requis l’anonymat.

Selon les spécialistes de la santé, le médicament de la rue est conservé dans des conditions peu fiables.  » La rue n’est pas appropriée pour la conservation du médicament. Il y a des produits qui se conservent à des températures basses. Seule la pharmacie est conseillée pour la bonne conservation du médicament. Des personnes qui consomment ces médicaments de la rue sont exposées aux risques d’intoxications, ou d’allergies, pouvant entraîner jusqu’à la mort »: explique Jean Robert, Pharmacien.

Ces vendeurs de médicaments à la sauvette ont publiquement installés leurs kiosques dans certains coins des villes camerounaises, et bénéficiant même des noms de baptême, à l’instar du lieu-dit »Gazon » à Douala. On y retrouve toutes sortes de médicaments, des anti-douleurs classiques, aux antipaludéens, en passant par les antibiotiques, des injections, des perfusions et autres accessoires de petite chirurgie.

C’est le cas par exemple de Romeo Yemeli, vendeur de médicament au quartier Terminus Mimboman à Yaoundé, précisément à l’entrée de la gare routière. C’est précisément à cet endroit qu’il aguiche sa clientèle qui se recrute dans toutes les sphères de la société.

«Pour administrer un traitement à un client, je suis la prescription de l’ordonnance, ou de la notice. Généralement, le patient m’explique son problème et je lui donne le remède qui va traiter sa maladie » : explique-il.

Ces derniers sont généralement des détaillants, qui se ravitaillent chez certains grossistes au marché central de Yaoundé, qui se ravitaillent à leur tour auprès de certains contrebandiers les plus insoupçonnés. D’autres assurent même la livraison à domicile des médicaments et des soins de santé.

Suivantnos investigations, les personnes qui achètent généralement ces médicaments proviennent de la classe moyenne, et beaucoup plus de la classe des prolétaires de la société, qui a déjà du mal à joindre les deux bouts, surtout avec la flambée exponentielle des prix des produits de première nécessité sur les marchés camerounais..

Avec un smig de 32000 FCFA de salaire mensuel, quel type de médicaments un citoyen peu s’offrir pour assurer sa santé et celle de sa famille ?

Par : Tatie ESSA

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