Cameroun-Tribune libre du prêtre Philosophe Jean Armel Bissi sur les conseils pour les jeunes prêtres en début de ministère sacerdotal

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Mon jeune frère, tu es nouvellement ordonné prêtre. Tu as déjà fini avec tes années de formation et tu nous as rejoints dans le ministère sacerdotal.

Toutefois, je te parle fraternellement. Sois soumis à ton curé ( ta hiérarchie). Continue ton diaconat. Bref, sache que tu es diacre à vie. Cela va beaucoup t’ aider. Ne sois pas du grand nombre de ceux auxquels nous avons imposé les mains hier et qui nous rappellent aujourd’hui que nous sommes tous prêtres. Sois plutôt jaloux de ta jeunesse sacerdotale et viens apprendre de nous qui commençons à vieillir dans le ministère sacerdotal.

L’ Eglise est une institution hiérarchique. Elle ne supporte pas l’anarchie. Elle fait subir sa rigueur aux non-alignés. Ton curé est donc ta hiérarchie voire ton patron. Cela n’est certes écrit nulle part. Mais, c’est la pure réalité. Ne te revolte jamais contre lui. Obéis lui dans le cadre d’exercice de ses prérogatives. Sache que c’est lui l’unique maître de la paroisse. Tu n’es que son appui. Si tu as des choses à entreprendre, demande toujours son avis et accorde toi avec sa vision pastorale. Ne sois jamais plus intelligent que lui. Qu’il ne t’arrive pas aussi d’être moins éveillé que lui. En toute chose, sois pour lui un auxiliaire et jamais une nuisance.

Vis aussi l’instant présent sans jamais l’escamoter en vue de ce que tu espères être demain. Assume pleinement tes années de vicariat. Être curé sera un autre moment. Mais tu n’y trouveras aucune joie si tu n’as pas pleinement joui du vicariat. En effet, à peine devenu curé, tu voudras être évêque et plus tard autre chose. Beaucoup sont dans cet engrenage carriériste mais ont tout oublié du sacerdoce : une mission sacrée.

Si on te donne la possibilité de te former demain, applique-toi à fond. Sache qu’il n’y a pas de mauvaises bourses d’études encore moins de mauvais pays pour se former. Il n’y a que des prêtres qui n’ont pas su mettre en valeur leurs années de formation au grand séminaire et après . En effet, tout savoir réellement acquis conduit à une expertise. Or, la mission de l’expert est de faire connaître aux autres ce qu’ils ne savent pas de son domaine. Les savoirs et les bourses n’ont donc pas de problèmes. C’est celui qui va vers eux qui peut être problématique.

Qu’il t’arrive un jour de ne même plus avoir à séjourner sur les bancs de l’école n’est pas synonyme de fatalité. Documente-toi. Assiste aux séminaires et colloques. Garde ton poste radio toujours allumé. Fais des formations en ligne. Fais-toi surtout un entourage qui t’edifie et ne te plais pas qu’avec une compagnie infeconde avec laquelle les échanges sont toujours stériles.

Il est aussi important de te faire savoir que beaucoup cessent de prier après le grand séminaire. Ils n’ont plus de Bréviaires. Ils ne prennent plus part aux prières communautaires. Ils font des messes sans preparer leurs sermons. Quand ils ont des sacrements à administrer, c’est en considération de ce qui va entrer dans leurs poches. Moi, je peux déjà te dire d’avance que de tels confrères ne sont pas exemplaires. Ne fais pas comme eux en ce moment où tu te frotteras à eux par endroit.

Mon jeune frère, nous accusons un autre problème qui ternit notre vocation aujourd’hui. C’est le phénomène des prêtres enclins aux déséquilibres affectifs. Tantôt, on en trouve qui veulent se faire aimer d’une femme ou de plusieurs femmes. Tantôt, on en compte qui disent que le célibat sacerdotal est une illusion ou un vain mot. Ils font donc des enfants et n’en prennent même pas soin puisque les mamans vont se plaindre auprès des évêques qui se chargent de sévir de tels prélats. Le phénomène des prêtres violeurs, pédophiles ou homosexuels n’est non plus négligeable. Je te prie de considérer tout cela comme des déviances. Vis ton ministère sacerdotal dans la pureté. Sois fier de ta chasteté et prie pour qu’elle demeure ferme. Ne te laisse pas happer par ceux qui n’en savent rien ou qui n’y croient pas.

Une difficulté que tu trouveras étant déjà devenu prêtre est celle de la précarité matérielle involontaire. Chez nous en Afrique, tout est fonction de paroisses de ville et de paroisses rurales. Nous manquons généralement d’assurances multiples. C’est des difficultés par lesquelles je suis passé. J’ai donc des petits secrets.

Premièrement, évite de mener une vie de flambeurs. À quoi te sert un véhicule si tu es un jeune prêtre qui peut encore prendre un taxi ou un bus ? Pourquoi ne pas apprendre à conduire une moto dans un village plutôt que d’aller emprunter la voiture d’un fidèle en ville ou encore celle de ton oncle ? En fait, mène la vie qui est tienne. Ne vas pas au rythme de tes confrères. Tu ne sais pas comment ils font pour rouler en berline ou encore pour avoir des téléphones coûteux et d’autres biens de luxe. Ne vas pas non plus au rythme de la société. Elle est généralement matérialiste et ne se soucie plus de l’esprit. Or, tu es un homme spirituel. Cher jeune frère, vas à un rythme qui est tien et qui ne dépend de personne d’autre ou de rien d’autre que toi. Le sacerdoce n’est pas une compétition. C’est une expérience personnelle avec Dieu et l’Eglise. Fais donc confiance à ton destin sans jamais ouvrir les yeux sur ce que sont les autres. Tu es unique et ta destinée dans le ministère l’est aussi. Je ne saurais tout dire en l’espace de cette lettre. Mais, je te crois déjà prevenu des difficultés les plus récurrentes. N’attends pas d’abord tomber avant de démander des conseils. Profite plutôt de ces conseils et de l’expérience des aînés pour ne pas tomber demain.

Si tu m’ écoutes , tu comprendras vite l’Eglise et tu passeras partout où beaucoup d’autres glissent. Bon début de ministère, cher jeune frère.

Abbé Jean Armel Bissi, prêtre et enseignant de philosophie ( Cameroun)

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