Cameroun – Tribune libre sur le développement de la recherche scientifique : Quelle est l’unité de mesure des compétences et valeurs heuristiques ?

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Une chronique du philosophe psychopédagogue, Jean Paul Nna Mvondo, sur la fuite des cerveaux au Cameroun.

Qu’est-ce qui fait fuir nos cerveaux au Cameroun, plutôt que de travailler pour l’essor de la recherche scientifique locale?

Je me suis toujours posé cette question importante et confidentielle à chaque fois que je regarde l’état d’avancement des fruits de la recherche scientifique dans notre pays. De très grands ministères créés pour optimiser la gestion de la recherche scientifique dans notre pays( Ministère de la recherche scientifique et de l’innovation, l’institut des recherches agronomiques , pour ne citer que ceux-là),mais paradoxalement, une vacuité dans la prise en compte des résultats de la recherche scientifique appelés à être implémentés pour booster le développement technologique, économique et agricole.

Nous voyons comment des entreprises industrielles dans la production agricole locale, jadis florissante, sont devenues des parcs à animaux de nos jours. La Semri à Santchou est de ces exemples d’industries agricoles qui ont périclité dans l’abîme,et pourtant en présence de grands chercheurs dans le domaine.

Par ailleurs,il arrive même que certains chercheurs en arrivent à des résultats probants dans leurs multiples actions heuristiques concrètes encourageantes, mais que les résultats de leurs recherches ne soient pas pris en compte par l’État camerounais en ce qui est des subventions conséquentes à apporter pour vulgariser lesdits résultats.

Nous nous sommes hasardé à trouver quelques explications plausibles à cet état d’esprit morbide et inopérant en matière d’implémentation de la recherche scientifique dans notre pays, ainsi que de la valorisation des compétences acquises dans ce domaine. Conséquences directes de la fuite des cerveaux dans notre pays.

Le premier prisme de désintégration de la recherche scientifique au Cameroun est d’ordre politique.

En effet,le politique ne voit pas d’un bon œil l’éclosion de la recherche scientifique dans un univers de recherche effrénée du pouvoir et des honneurs. La politique politicienne basée sur le clientélisme et l’appât du gain politique sonne comme le principal dada des camerounais. Raison pour laquelle,les intellectuels Camerounais se laissent inféoder dans le moule de la politique politicienne, pour l’achat des consciences et les prébendes politiques représentées par des postes de responsabilités républicaines. Dès lors,la recherche scientifique est tuée sur l’autel du griotisme politique béat et de la préservation des acquis matériels. L’intellectuel,fondu ainsi dans le moule de la politique politicienne échappe à son devoir de chercheur pour assumer les responsabilités de saltimbanque batteleur ,et de thuriféraire impénitent du politique qui lui dicte la conduite à tenir et l’orientation à donner à ses recherches scientifiques. D’où le statuquo ante observé dans le milieu de la recherche scientifique au Cameroun, dans lequel on ne pense pas à subventionner la recherche scientifique,mais plutôt à engraisser les hommes de sciences pour qu’ils deviennent des suppôts du politique dont ils chantent des louanges à la place de la science fondamentale.

Le deuxième prisme est conceptuel dans la mesure où le scientifique Camerounais ne parvient toujours pas à créer une cloison étanche entre les choses de la vie sociale et la profession de chercheur qui ne s’accommode pas des artifices tels que le saupoudrage dans les méthodes scientifiques de recherche,ou alors ,le mélange de genres entre la science fondamentale et appliquée, et la mondanité. L’homme de sciences cherche toujours, comme le disait Descartes à dompter la nature pour en devenir * maître et possesseur* ,au lieu de se faire dompter par elle.

Or, précisément,il faudrait un milieu propice à la recherche scientifique , marqué par la visibilité,la traçabilité et la volonté politique qui déterminent la soutenabilité de la recherche scientifique.

Mais malheureusement dans notre pays,le seul son de cloche qui prévaut, c’est celui de l’allégeance au patriarche Président Paul Biya, sans autre forme de procès. La recherche scientifique peut toujours attendre, mais le soutien indéfectible et sans faille à l’homme d’État Paul Biya est indéniable et inaliénable.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les sommes faramineuses allouées aux agapes et orgies populaires lorsqu’il s’agit de fêter Paul Biya,ou de le plébisciter comme candidat du RDPC lors des élections présidentielles. Mais, à contrario, pour financer la recherche scientifique, cela peut attendre. Et 40 ans après, aucune innovation académique ou scientifique dans un ministère de la recherche scientifique et de l’innovation qui ploie sous le coup du financement des activités du parti RDPC, plutôt que de la recherche scientifique.

Le dire ainsi,est une véritable aberration chromatique flagrante aux yeux des thuriféraires impénitents du RDPC. Car pour eux ,la recherche scientifique devrait être basée exclusivement sur le bien être du chef de l’État, quitte à ce que des chercheurs étrangers viennent à s’occuper de nos mines et de nos richesses forestières.

Autant de raisons qui fondent les vrais intellectuels Camerounais d’aujourd’hui à fuir le pays, dans un vaste programme de fuite des cerveaux pour aller travailler dans des pays où la recherche scientifique a une place privilégiée de première choix dans les politiques publiques.

Et le plus curieux, embêtant et sordide dans tout cet imbroglio indescriptible de crime de lèse recherche scientifique,est cet adoubement et cette récupération politique que les responsables politiques Camerounais cherchent toujours à faire à leurs ressortissants de la Diaspora Camerounaise à qui ils n’ont apporté aucun soutien matériel ni aucun accompagnement financier pour l’aboutissement de leurs recherches scientifiques,dont les résultats sont reconnus mondialement. Le cas du jeune mathématicien Camerounais de 34 ans, classé 2 ème mathématicien au Monde en fait foi.

Le Cameroun,une véritable curiosité mondiale en matière de gestion de ressources humaines.

Beaucoup de récupération politique, pour très peu d’accompagnement des hommes de sciences. Un véritable désastre écologique qui nous coûte le transfert de technologie et de cerveaux ailleurs que localement .

L’unité de mesure des valeurs et compétences avérées chez les ressources humaines au Cameroun est essentiellement d’ordre politique. C’est d’ailleurs ce qui fait fuir beaucoup d’intellectuels Camerounais chercheurs à l’extérieur pour se départir du dicktat du politique sur tout ce qui est de la vie sociale.

Il importe donc de créer un office national de recherche scientifique qui agirait indépendamment du politique avec ses fonds propres,pour faire avancer l’innovation au Cameroun. Sinon, nous continuerons de faire allégeance aux experts étrangers en la matière. Et , bienvenue l’éternelle attitude ostentatoire de sous développés endémiques.

Une analyse des incongruités dans la gestion des hommes de sciences au Cameroun de Jean Paul Nna Mvondo philosophe psychopédagogue.

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