
Producteur de pétrole brut depuis 1977 et signataire de l’initiative pour la transparence dans les industries extractives, le Cameroun, comme tous les autres pays producteurs de pétrole, a donc pour obligation de se conformer aux exigences de commercialisation de ses cargaisons de pétrole sur le marché international, à New York, ou à Londres. Voici d’ailleurs quelques fondamentaux de ce processus de commercialisation du pétrole camerounais, consultable par tous, sur le site internet de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).

Il faut tout d’abord préciser que, les activités de recherche et de développement des hydrocarbures se déroulent au Cameroun, dans deux bassins sédimentaires, essentiellement en mer (off-shore) ; à savoir Rio del Rey (Sud-Ouest) et Douala/Kribi-Campo (Littoral). Pour mener à bien ces activités, la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH) travaille avec des compagnies pétrolières. En phase d’exploration par exemple, celles-ci bénéficient d’une autorisation de recherche et supportent, seules, les coûts inhérents aux travaux à engager.

En cas de découverte rentable, la SNH signe alors un contrat de partage de production et rembourse à ladite compagnie pétrolière, l’investissement de recherche réalisé, à hauteur de sa part dans le contrat de partage de production. Aussi bien les autorisations de recherche, que les contrats de partage de production, portent la signature du Ministre en charge de l’industrie. De l’examen des contrats de partage de production en vigueur à la SNH, il ressort que la part de production revenant à l’Etat s’élève à 70% en moyenne. Au 30 juin 2024 par exemple, la production pétrolière du Cameroun s’élèvait à 61 405,74 baril/jour. Celle-ci est composée de trois types de pétrole brut, que sont, le Kolé (brut moyen), le Lokélé (brut lourd) et l’Ebomé (brut léger). Chacun de ces bruts présente des caractéristiques spécifiques, qui déterminent leurs prix sur le marché international. Généralement, le Kolé et le Lokélé, présentent une décote (prix en-deçà) par rapport au Brent (pétrole de référence de type léger) ; tandis que l’Ebomé est vendu avec une surcote (prix en dessus), par rapport au Brent.

Pour mémoire, il faut rappeler que le marché pétrolier est un marché concurrentiel et partiellement contrôlé. Le prix du Baril est déterminé en fonction de l’offre et de la demande d’une part, et en fonction des facteurs exogènes, tels que les évènements socio-politiques d’autre part. La demande émane des raffineurs qui transforment le pétrole brut en produits utilisables par les clients finaux (carburants, combustibles, matières premières pour l’industrie pétrochimique). Les raffineurs passent par des filiales spécialisées dans le négoce, dont l’activité est d’intervenir sur le marché pour acheter les quantités nécessaires au fonctionnement des raffineries ; ou alors pour revendre les excédents inutilisés. Ces « traders » peuvent aussi chercher à réaliser des bénéfices à court terme, par des opérations d’achat et de revente, en jouant sur les variations de cours quotidiennes. Ainsi, il arrive fréquemment qu’une cargaison de pétrole change de propriétaire plusieurs fois, avant d’être livrée. Le marché sur lequel s’effectuent ces transactions d’échanges physiques de barils de pétrole s’appelle « le Marché Spot ».

En plus des barils de pétrole qui changent concrètement de mains, il y a également des barils de pétrole qui font l’objet d’un commerce uniquement « sur papier ». Le pétrole est alors acheté et vendu « sur papier », avec une valeur future estimée. Et en règle générale, il n’y a pas d’échange physique du produit. Ces opérations se réalisent sur des marchés à terme, dont les deux principaux sont le NYMEX (New York Mercantile Exchange) et l’IPE (International Petroleum Exchange), devenu en 2005 ICE Futures (Intercontinental Exchange), situé à Londres. Elles permettent ainsi aux producteurs de vendre à terme (ou aux raffineurs d’acheter à terme) des quantités de pétrole à un prix fixé à l’avance, et de se protéger ainsi contre toutes variation défavorable des cours.
Les investisseurs qui se portent contreparties dans ces opérations, espèrent réaliser un profit, en spéculant sur l’instabilité des prix. Leur intérêt est d’apporter de la liquidité au marché pétrolier. Les industriels trouvent des acheteurs, ou encore des vendeurs de pétrole, à tout moment. Ce qui n’est pas le cas sur le Marché Spot. Mais, leur forte progression dans les transactions de pétrole, a emmené une plus forte volatilité des cours. Dans les périodes de crise par exemple, le prix du baril a pu ainsi s’éloigner exagérément, tant à la hausse qu’à la baisse, des fondamentaux du marché pétrolier.
Pour comprendre comment la SNH sélectionne ses clients, il est bien précisé sur son site internet que : « Toute société désireuse d’acheter du brut à la SNH, doit obtenir préalablement un agrément. Et pour obtenir cet agrément, elle doit fournir des éléments tels que, les bilans des trois derniers exercices fiscaux, le rapport annuel du dernier exercice, ses références bancaires et des justificatifs de son expérience dans le négoce du pétrole brut. L’exploitation de tous ces documents permet de vérifier que la société en question, possède une base d’actifs suffisants, par rapport à la valeur des cargaisons de brut camerounais. Cela permet également à la SNH de connaitre la composition de son passif, ainsi que le volume de son activité, afin de s’assurer de sa crédibilité financière et opérationnelle.
Au regard de ce processus hautement normé et encadré par la transparence, depuis la sélection des clients, jusqu’à la commercialisation du pétrole camerounais, il transparait clairement que certaines rumeurs, ou allégations sur des prétendues cargaisons de pétrole qui auraient été vendues en 2020, par la SNH, sans aucune traçabilité financière, relèveraient purement et simplement de la désinformation, mais beaucoup plus aussi de la manipulation, pour des fins les plus inavouées.
Samuel Bondjock, Source site internet de la SNH.
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