
Le bras de fer financier entre la Caisse de prévoyance sociale et le fleuron déchu du textile camerounais a franchi un nouveau cap. L’entreprise cumule 16 mois d’arriérés de salaires.
La descente aux enfers se poursuit pour la Cotonnière Industrielle du Cameroun (CICAM). Ce mercredi 8 juillet 2026, les équipes de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) ont procédé à la mise sous scellés des principaux actifs opérationnels et logistiques de la direction régionale de la CICAM à Garoua. La boutique de vente, le parc automobile et les magasins de stockage de l’entreprise ont été cadenassés.
Cette mesure de coercition radicale fait suite à une ardoise financière abyssale : la CICAM doit environ 4,5 milliards de FCFA à la CNPS, une dette de cotisations sociales cumulée sur une vingtaine d’années.
Selon des révélations d’une source interne à la CNPS, rapportées par le quotidien régional L’Œil du Sahel, la rupture de confiance entre les deux entités est profonde.
L’organisme de prévoyance sociale reproche notamment à l’industriel une mauvaise foi caractérisée dans le traitement de sa dette.
Le mode opératoire dénoncé met en lumière des dysfonctionnements administratifs majeurs : l’entreprise continuait régulièrement d’effectuer les déclarations sociales de ses employés, mais sans jamais procéder aux versements financiers correspondants dans les caisses de la CNPS.
Cette mise sous scellés vient porter un coup de grâce symbolique à ce qui fut jadis l’un des plus grands fleurons de l’industrie textile d’Afrique centrale. En réalité, la CICAM n’est plus que l’ombre d’elle-même. L’usine de Garoua est à l’arrêt technique total depuis le mois de septembre 2023.
Le personnel ainsi que les cadres dirigeants de l’entreprise traversent une crise humanitaire interne, cumulant seize mois d’arriérés de salaires impayés. Cette dette salariale directe est aujourd’hui évaluée à près de 2,6 milliards de FCFA.
Malgré la tension inhérente à l’arrivée des agents de recouvrement de la CNPS, l’ambiance est restée paradoxalement calme sur le site de Garoua. Les responsables locaux de la CICAM étaient d’ailleurs réunis en cellule de crise au moment précis où les scellés étaient apposés sur leurs portes, illustrant le désarroi d’une direction dépassée par l’ampleur du naufrage financier.
Peter Kum
Laisser un commentaire