Cameroun – Réseaux sociaux : Le CNC tourne la page du « Père fouettard ».


  • Direct Info
  • 4 août 2026

 »Aujourd’hui Nous ne sommes pas venus à Douala pour sanctionner, Nous voulons changer de méthode ». Le Conseil national de la communication (CNC) entend infléchir sa relation avec les professionnels des médias.

Face à la multiplication des discours de haine, des fausses informations et des appels à la violence, l’organe de régulation privilégie désormais la prévention, le dialogue et la responsabilisation.

Le ton résolument pédagogique, se voulait celui du conseil, plutôt que celui de l’injonction. Le 3 août 2026, à Douala, une délégation du Conseil national de la communication (CNC) a échangé avec les professionnels des médias autour du thème :  » La responsabilité sociale des journalistes face aux discours de haine et à l’incitation à la violence  ».

La rencontre était conduite par le conseiller Serge Ngando Ntone, accompagné du Pr Wato, membre du CNC, et de Mme Moukoko, déléguée régionale de la Communication pour le Littoral.

Dans son propos liminaire, Serge Ngando Ntone a adopté une posture empreinte de pédagogie, comparable à celle d’un père prodiguant des conseils à ses enfants. Il s’est agi de rappeler les exigences du métier, mais surtout d’appeler les professionnels à une vigilance accrue. L’ambition affichée est est de réarmer les consciences et de solliciter le sens de responsabilité des journalistes dans la préservation de la paix sociale.

Avant de revenir sur les dérives qui peuvent fragiliser l’espace médiatique, le conseiller a tenu à saluer le travail accompli par les journalistes.
Le CNC a notamment reconnu la qualité de la couverture médiatique de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Un satisfecit qui vaut également encouragement à poursuivre les efforts engagés.

Les professionnels des médias ont ainsi été invités à  » maintenir la barre toujours aussi haut » en demeurant attachés aux exigences de rigueur, d’équilibre et de responsabilité qui fondent leur mission.

L’évolution du paysage médiatique constitue toutefois un défi majeur. Facebook, TikTok, WhatsApp et X se sont imposés comme des espaces privilégiés de circulation de l’information. Une publication peut désormais atteindre un vaste public en quelques instants, parfois avant même que son authenticité ne soit établie.
Dans cet univers dominé par l’immédiateté, ls. Régulateur
rappelle une exigence fondamentale : vérifier avant de publier.

Le recoupement des sources, la confrontation des versions et la contextualisation des faits demeurent les principaux garde-fous contre la diffusion de fausses informations ou de contenus susceptibles d’exacerber les tensions.

Une information publiée sur un réseau social ne saurait donc, à elle seule, constituer une source suffisamment fiable. Le journaliste ne peut se borner à reproduire ce qui circule sur internet.

Par ailleurs, la volonté de privilégier le dialogue ne signifie pas pour autant que le cadre légal soit relégué au second plan. Au cours de son intervention, Serge Ngando Ntone a rappelé les dispositions législatives encadrant les discours de haine et l’incitation à la violence au Cameroun.

Il a également évoqué les sanctions prévues par les textes en vigueur à l’encontre de certains contenus diffusés au public, y compris par voie numérique. La liberté d’expression ne saurait être dissociée de la responsabilité de celui qui produit, publie ou relaie une information. Pour le CNC, la maîtrise du cadre juridique doit ainsi s’accompagner d’une appropriation effective des principes d’éthique et de déontologie journalistiques.

C’est sur ce terrain que le Conseil national de la communication entend désormais infléchir sa relation avec les médias. L’institution ne souhaite plus apparaître uniquement comme le régulateur intervenant au terme d’un manquement. Ses responsables récusent l’image d’un CNC qui s’érigerait systématiquement en  » père fouettard  ».

Pour la circonstance, la parole a été donné aux journalistes d’exposer leurs préoccupations. A l’issu des échanges, le président de session s’est dit satisfait de la qualité des discussions. Il a indiqué avoir pris note de plusieurs doléances, parmi lesquelles la mise sur pied d’une agence de presse et la création d’une plateforme digitale.

Cette assise aura ainsi permis de poser les jalons d’un dialogue que le CNC souhaite plus régulier avec les médias. Le régulateur entend préserver ses prérogatives, tout en privilégiant une approche plus pédagogique.

À Douala, le message est finalement celui d’une responsabilité partagée : aux journalistes, la rigueur dans la collecte et le traitement de l’information ; au régulateur, l’accompagnement et la sensibilisation. Avec, en ligne de mire, un même objectif à savoir regarder dans la même direction sans toutefois renoncer à la liberté d’informer.

Natacha Mbarga.

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