
Dans une lettre ouverte, le camerounais de la diaspora installé en France, Luc Césaire Bimaye, par ailleurs Président de l’Association Émergence Cameroun, apporte sa contribution républicaine au chef de l’État, Paul Biya, pour une rupture profonde, en vue de la transformation structurelle du Cameroun.

LETTRE OUVERTE À SON EXCELLENCE MONSIEUR PAUL BIYA, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN.
Excellence Monsieur le Président,
l’histoire vous offre encore la possibilité d’un acte de rupture
Excellence Monsieur le Président de la République,
C’est avec le plus profond respect dû à votre haute fonction que je viens, par cette lettre ouverte, vous présenter une lecture de la situation de notre pays et, surtout, vous soumettre une conviction : la crise que traverse aujourd’hui le Cameroun peut encore être transformée en une opportunité historique.
Vous êtes, depuis plusieurs décennies, un acteur majeur de l’histoire du Cameroun. Votre longue présence à la tête de l’État vous a également placé au cœur d’une histoire africaine et géopolitique plus vaste.
Mais c’est essentiellement du Cameroun que je voudrais vous parler.
Diriger pendant plusieurs décennies un pays aussi complexe que le Cameroun n’est jamais une responsabilité facile. Je demeure convaincu qu’au plus profond de votre conscience, vous avez souhaité le meilleur pour votre pays et nourri l’ambition de voir émerger un Cameroun prospère, stable, puissant, respecté et capable d’offrir à ses citoyens les conditions nécessaires à leur épanouissement.
Mais avoir une vision et disposer des hommes capables de la transformer en réalité sont deux choses différentes.
Un pays ne se dirige jamais seul.
Aussi grande soit-elle, la vision d’un chef de l’État ne peut devenir réalité sans les femmes et les hommes auxquels il confie des responsabilités pour la porter, l’exécuter et la prolonger.
Vous avez donc choisi des collaborateurs.
La question fondamentale qui se pose aujourd’hui est dès lors la suivante :
Ces hommes et ces femmes ont-ils véritablement connu le Cameroun ? Ont-ils compris la vision que vous portiez pour ce pays ? Ont-ils réellement travaillé à vous accompagner dans la construction du Cameroun que vous souhaitiez voir émerger et transmettre aux générations futures ?
Ou certains ont-ils progressivement substitué leurs intérêts particuliers à l’intérêt supérieur de la Nation ?

LORSQUE CEUX QUI DOIVENT SERVIR FINISSENT PAR SE SERVIR
Excellence Monsieur le Président,
Vous savez mieux que quiconque les difficultés auxquelles le Cameroun est aujourd’hui confronté : frustrations, tensions sociales, fragmentations, violences, indiscipline, sentiment d’injustice et, plus généralement, perte de confiance dans les institutions.
Au-delà de leurs manifestations visibles, ces phénomènes révèlent une réalité plus profonde : une société éprouvée par l’accumulation des frustrations, des incompréhensions et des souffrances.
Une partie du peuple vous tient responsable de cette situation, parce que les hommes auxquels d’importantes responsabilités ont été confiées l’ont été sous votre autorité.
Cette perception ne peut être simplement ignorée.
Mais elle doit également conduire à établir une distinction essentielle : la responsabilité politique du chef de l’État ne signifie pas que tous ceux qui ont exercé des responsabilités sous son autorité ont nécessairement servi sa vision ou l’intérêt national.
Certains ont pu, au contraire, contribuer à l’affaiblissement de cette vision en transformant leur fonction en instrument de préservation ou d’accumulation d’intérêts particuliers.
Ils auraient dû servir le pays.
Ils se sont parfois servis.
Ils auraient dû contribuer à construire la puissance, l’unité, la cohésion, la cohérence et le rayonnement du Cameroun.
Ils ont parfois contribué à son affaiblissement.
Ils auraient dû créer les conditions permettant à chaque Camerounais de participer pleinement à la construction nationale.
Ils ont parfois contribué à renforcer le sentiment d’exclusion et d’injustice.
C’est précisément à cet endroit que peut se trouver aujourd’hui la possibilité d’un tournant historique.
Changer les hommes, mais surtout changer l’architecture.
Changer les hommes ne suffira pas
Excellence Monsieur le Président,
Si le constat est que certains responsables auxquels vous avez confié la mission de vous accompagner ont finalement contribué à éloigner le pays de l’ambition que vous portiez, alors le simple remplacement de quelques individus ne suffira pas.
Il faut changer les hommes, mais il faut surtout changer l’architecture qui produit et reproduit les mêmes comportements.
Cela signifie renouveler profondément les responsabilités publiques, mais également revoir les critères de sélection, renforcer les exigences de compétence et d’intégrité, consolider les mécanismes de responsabilité et, surtout, restaurer une véritable culture du service de l’État.
Car un nouveau Cameroun ne pourra pas être construit uniquement avec de nouveaux visages dans les mêmes mécanismes.
Il faut une nouvelle architecture humaine au service d’une nouvelle architecture de l’État.
C’est là, me semble-t-il, que pourrait résider l’un des derniers grands actes historiques que Votre Excellence pourrait poser.
TRANSFORMER LA FRUSTRATION COLLECTIVE EN ESPÉRANCE
Monsieur le Président,
Un peuple n’est pas seulement une population administrée.
Un peuple est également un univers émotionnel.
Il peut être profondément frustré par des décisions politiques, économiques et sociales. Mais il peut également sortir de cette frustration lorsque des actes politiques suffisamment forts viennent modifier sa perception du présent et, surtout, sa perception de l’avenir.
C’est pourquoi la situation actuelle, aussi difficile soit-elle, peut encore devenir une opportunité.
Si Votre Excellence décidait aujourd’hui d’opérer un renouvellement profond et véritablement significatif de l’architecture dirigeante du pays, en écartant de la responsabilité publique ceux dont l’action aurait durablement contribué à la dégradation de la confiance et en faisant émerger une nouvelle génération de responsables fondée sur la hauteur d’esprit, la compétence, l’intégrité, le patriotisme et le véritable sens du service public, le signal envoyé au peuple camerounais serait considérable.
Un tel acte ne serait pas un simple remaniement.
Il pourrait être perçu comme une rupture avec une logique de gouvernance devenue, au fil du temps, source de frustrations et de défiance.
Il pourrait contribuer à restaurer une partie de la confiance.
Il pourrait créer un nouvel état émotionnel dans le pays.
Et il pourrait même modifier profondément le regard que les Camerounais portent aujourd’hui sur votre action.
Excellence Monsieur le Président, l’histoire n’est pas encore écrite
Vous avez déjà inscrit votre nom dans l’histoire du Cameroun par la durée exceptionnelle de votre présence à la tête de l’État.
Mais la durée ne constitue pas, à elle seule, un héritage.
L’héritage véritable réside dans la transformation laissée à la Nation.
La question historique qui se pose désormais pourrait donc être formulée autrement :
Quelle empreinte voulez-vous laisser au Cameroun ?
Vous pourriez laisser les dernières années de votre parcours présidentiel s’inscrire dans la continuité des difficultés que le pays connaît.
Mais vous pourriez également décider qu’elles seront celles d’une rupture.
Une rupture avec les pratiques qui ont produit la frustration.
Une rupture avec ceux qui ont confondu servir et se servir.
Une rupture avec les mécanismes qui ont affaibli la confiance nationale.
Une rupture, surtout, en faveur d’une nouvelle architecture du service de l’État.

UN ACTE HISTORIQUE ENCORE POSSIBLE
Excellence Monsieur le Président,
Je ne vous écris donc pas uniquement pour vous rappeler les difficultés du Cameroun.
Je vous écris pour vous dire qu’il existe encore une possibilité historique d’agir.
Vous pouvez encore transformer une crise en opportunité, une frustration en espérance et une longue expérience du pouvoir en un acte majeur de transformation nationale.
Le peuple camerounais observe les actes davantage que les discours.
Et parfois, dans l’histoire d’une Nation, un acte suffisamment fort peut modifier en profondeur l’état émotionnel d’un peuple.
Si Votre Excellence décidait de replacer véritablement le service du Cameroun au-dessus des intérêts particuliers, de renouveler profondément les hommes et les mécanismes qui gouvernent le pays et d’ouvrir la voie à une nouvelle architecture de l’État, vous pourriez créer les conditions d’un nouveau rapport entre le peuple et le pouvoir.
Vous pourriez alors transformer une partie de la perception actuelle de votre action.
Et peut-être l’histoire retiendrait-elle que, lorsque le Cameroun se trouvait à un moment critique de sa trajectoire, vous avez choisi de ne pas seulement défendre l’héritage de votre long parcours, mais d’en transformer la signification historique.
Le Cameroun n’a peut-être pas seulement besoin de nouveaux hommes.
Il a besoin d’une nouvelle architecture.
Et l’histoire vous offre encore la possibilité d’en être l’un des initiateurs.
Je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Luc Césaire Bimaye, Président de l’Association Émergence Cameroun
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