
Prévue du 27 au 30 octobre 2026 à Douala, la quatrième édition du festival Kab’Attitude mettra en avant le Kaba Ngondo, entre préservation de l’héritage sawa, création vestimentaire et quête de reconnaissance patrimoniale.

Portée par l’Amicale des femmes Deïdo (AFED), l’initiative entend aussi encourager le port de cette tenue au quotidien.
Comment préserver le Kaba Ngondo et lui donner une plus grande place dans les habitudes vestimentaires ?
C’est l’une des questions au cœur de la quatrième édition du festival Kab’Attitude, placée sous le thème » Fashion Week Kab’Attitude – Back to Africa » sous le haut parrainage du gouverneur de la région du Littoral, Samuel Ivaha Diboa.

Depuis sa création, l’AFED cherche à faire connaître l’histoire de ce vêtement associé à l’identité sawa et à encourager sa transmission aux jeunes générations. La première édition, organisée en novembre 2017, mettait déjà l’accent sur ses origines et son évolution. Celle de 2023 avait également souligné l’intérêt de sa valorisation culturelle et les possibilités offertes par la mode.
Pour cette nouvelle édition, les organisatrices prévoient une exposition-vente de créations locales, un défilé de prestige, un concours de la meilleure collection et un dîner de gala au profit d’œuvres sociales. L’objectif est de donner davantage de visibilité aux stylistes et aux artisans, tout en montrant que le Kaba Ngondo peut inspirer des créations modernes sans perdre son identité culturelle.

Toutefois, l’enjeu est aussi économique. En encourageant le port de cette tenue dans la vie quotidienne et professionnelle, l’AFED souhaite contribuer à la promotion du Made in Cameroon et soutenir les acteurs du textile et de la couture.
En prélude au festival, une conférence-plaidoyer s’est tenue le 8 octobre 2026 à Douala sur le thème » Du vêtement de contrainte à l’armure de la dignité » Les échanges ont porté sur les moyens de mieux documenter l’histoire du Kaba Ngondo, de préserver ses caractéristiques culturelles et d’envisager sa reconnaissance patrimoniale. Des pistes de protection auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) ont également été évoquées.
Pour la vice-présidente de l’AFED, la sensibilisation reste une étape essentielle avant toute démarche de labellisation. Elle rappelle que les carnavals et les sorties publiques organisés autour du Kaba ont contribué à faire connaître cette tenue. « Avant d’arriver à la labellisation, on a fait des carnavals dans la rue. On porte les kabas. Ça signifie que ce Kaba, c’est une histoire. Il faut déjà commencer par poser des jalons, les bases. C’est réveiller les consciences », explique-t-elle.

Mais pour Anne Delphine Kwete, styliste spécialisée dans le Kaba, le travail doit aussi se poursuivre au sein même de la communauté sawa. Elle regrette que cette tenue soit encore principalement réservée aux cérémonies. « Jusqu’à présent, nous-mêmes, les Sawa, nous n’avons pas encore intégré le Kaba Ngondo. Pour nous, c’est encore une tenue occasionnelle. Or, qui dit tradition dit répétition », souligne-t-elle.
La styliste invite ainsi les populations à porter davantage leurs tenues traditionnelles avant de chercher à les faire reconnaître à l’international. Pour elle, la transmission passe d’abord par les pratiques quotidiennes et par la volonté des nouvelles générations de s’approprier cet héritage.
Avec cette quatrième édition, l’AFED entend rapprocher tradition et création contemporaine. Mais au-delà des défilés et des collections, le défi sera de faire du Kaba Ngondo une tenue davantage présente dans la vie des Sawa.
Au final, sa reconnaissance patrimoniale dépend aussi de la place que les communautés lui accordent et de leur volonté de transmettre cet héritage.
Natacha Mbarga
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