Cameroun – Lac Nyos : Mémoire dune catastrophe aujourd’hui sous surveillance.


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  • 23 août 2026

Quarante ans après la catastrophe du lac Nyos, le souvenir des victimes reste profondément ancré dans la mémoire collective.

Mais au-delà du drame, cette tragédie a aussi marqué un tournant dans la prévention des risques naturels au Cameroun. La science et la coopération internationale ont permis de transformer une menace invisible en un risque désormais surveillé et maîtrisé.

Dans la nuit du 21 août 1986, le lac Nyos, situé dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, libère brutalement une importante quantité de dioxyde de carbone (CO₂) accumulé dans ses profondeurs. Invisible et asphyxiant, le gaz se répand dans les vallées environnantes, surprenant les populations dans leur sommeil. Près de 1 800 personnes et des milliers d’animaux périssent dans cette catastrophe qui devient l’une des plus meurtrières liées à un phénomène lacustre.

Le drame révèle alors un danger particulier lié à la nature volcanique de la zone. Alimenté en profondeur par des émissions de CO₂ d’origine magmatique, le lac peut accumuler progressivement ce gaz dans ses eaux profondes. Sans dispositif de prévention, une nouvelle accumulation pouvait faire peser une menace sur les populations riveraines.

Après la catastrophe, une coopération scientifique internationale réunissant notamment le Cameroun, la France, les États-Unis, l’Union européenne et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) s’organise pour réduire le risque. La réponse repose principalement sur un système de dégazage contrôlé.
Des tuyaux verticaux sont installés afin de faire remonter progressivement l’eau saturée en CO₂ depuis les profondeurs jusqu’à la surface. Le gaz peut ainsi s’échapper de manière contrôlée, évitant une accumulation susceptible de provoquer un nouveau dégazage brutal. Le premier tuyau permanent devient opérationnel en 2001. Deux autres sont ajoutés en 2011 et 2012 afin de renforcer le dispositif.

Ce système a permis de réduire considérablement les concentrations de CO₂ dans le lac. Maintenu et surveillé, il contribue aujourd’hui à compenser le renouvellement naturel du gaz provenant des profondeurs magmatiques. Des travaux ont également été engagés pour renforcer le barrage naturel qui retient les eaux du lac.

Quarante ans après, Nyos est donc plus qu’un site marqué par une tragédie. C’est aussi un lieu où la mémoire des victimes se conjugue avec la vigilance scientifique. Le dispositif mis en place rappelle que certains phénomènes géologiques ne peuvent être empêchés, mais que leurs conséquences peuvent être anticipées et leur danger réduit.

Le devoir de mémoire ne consiste donc pas seulement à se souvenir de ceux qui ont disparu le 21 août 1986. Il invite également à tirer les leçons de la catastrophe. À Nyos, la science, la surveillance et la coopération internationale ont permis de transformer un danger latent en un risque maîtrisé. Une leçon de prévention qui, quarante ans plus tard, demeure aussi importante que le souvenir du drame.

Natacha Mbarga

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