Cameroun – Littérature : Junior HAUSSIN met le teint noir face à son propre miroir.


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  • 4 octobre 2026

Le débat sur la dépigmentation s’est invité dans la littérature camerounaise.

Samedi 3 octobre 2026, à Douala. Le journaliste et écrivain Junior Haussin a procédé à une séance de dédicace de son roman intitulé :  » Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas « .

Une rencontre qui a réuni professionnels des médias, universitaires, acteurs du monde littéraire et lecteurs autour d’une question sensible, celle du rapport des Noirs à leur propre couleur de peau. Publié aux Éditions Éclosion en 2025, le roman compte 374 pages et est vendu à 10 000 FCFA.

L’ouvrage met en scène Asakya et Mabanckou, deux personnages confrontés aux pressions et aux représentations sociales liées à leur peau noire. Là où l’un choisit le blanchiment pour répondre au regard des autres, l’autre fait le choix de l’acceptation de soi.
Pour Junior Haussin, le  » djansang » ne relève pas uniquement d’une pratique esthétique. Il traduit aussi un rapport complexe à l’identité et à l’image de soi. Dans ses échanges autour du livre, l’auteur a notamment insisté sur les conséquences de cette quête du teint clair sur la confiance et l’estime de soi. Son message est clair , apprendre à s’accepter avant de chercher à correspondre aux standards imposés par la société. Le débat organisé autour de l’ouvrage a permis d’élargir la réflexion.
L’enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, Dr Christian Mouandjo, y voit une crise identitaire qui touche le rapport des Africains à leur propre identité. Serges Hermann Tchuitcha a, pour sa part, questionné les critères qui permettent de définir la beauté et la place de l’image dans cette construction. Le député du Nkam, Samuel Dieudonné Moth, a appelé à privilégier la sensibilisation plutôt que la stigmatisation des personnes concernées par la dépigmentation.
Le propos du roman prend également en compte l’influence de l’environnement médiatique.

Junior Haussin explique que la télévision, le cinéma, la mode, la publicité et désormais les réseaux sociaux participent à la construction de certains modèles de beauté. Il évoque notamment les images retouchées et éclaircies qui peuvent renforcer la valorisation du teint clair.

Le livre trouve ainsi son origine dans une observation de la société, mais aussi dans une expérience personnelle revendiquée par l’auteur. Les moqueries, le rejet du teint noir et la pression exercée sur ceux qui ne correspondent pas aux canons de beauté dominants constituent le matériau de cette fiction. Junior Haussin dit vouloir provoquer une prise de conscience plutôt que simplement condamner une pratique.

Avec ce nouveau chef d’œuvre  » Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas » l’auteur signe son troisième ouvrage après La plume noire de l’encrier, publié en 2017, et Banane malaxée, paru en 2020.

Journaliste à Canal 2 International et engagé dans la promotion de la lecture, Junior Haussin utilise cette fois la fiction pour poser une question qui dépasse les frontières du livre à savoir pourquoi certains en viennent-ils à rejeter une partie de ce qu’ils sont pour correspondre au regard des autres ?

Natacha Mbarga

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