
« Les avancées médicales permettent aujourd’hui de réduire substantiellement la durée du traitement de la Tuberculose multirésistante (TBMR), ainsi que ses effets secondaires, à travers l’adoption par l’OMS d’un protocole de traitement de 6 mois, à base du BPaLM » : selon les précisions du Dr Danielle Makondi, Chef de l’unité TBMR au Programme national de lutte contre la Tuberculose (PNLT).

La Tuberculose pharmaco résistante reste un problème majeur de santé publique. Surtout dans les pays à ressources limité, où l’on observe entre autres, des faiblesses dans le système de santé, l’absence de diagnostics fiables et un suivi inefficace des patients, qui favorisent alors la propagation de la résistance, pouvant conduire jusqu’au décès de certains patients.
A ce sujet, les statistiques du PNLT inquiètent. Car, sur 174 patients diagnostiqués TBMR (dont 75 nouveaux cas et 99 retraitements), seulement 148 d’entre eux sont mis sous traitement. Soit un gap de 15%, dont 26 patients qui réussissent à échapper à un protocole de soin pourtant innovant et révolutionnaire. Et selon le rapport 2024 sur la situation de la TBMR au Cameroun, sur les 650 cas attendus détectés, seulement 188 cas ont été effectivement diagnostiqués, soit 71% de cas qui restent encore non diagnostiqués (les perdus de vue). Et même, sur ces 188 cas diagnostiqués, seulement 133 ont été mis sous traitement, soit 70%. Et seulement 16,5% de ces patients sont actuellement sous BPaLM.

Diagnostic des Experts
Pour mieux comprendre cette tueuse silencieuse, Dr Nana Desmond, en service au CHU de Grenoble en France explique que : « La TBMR est une forme de tuberculose causée par le Mycobacterium tuberculosis résistant aux antituberculeux de première ligne, notamment les deux principales molécules du traitement de la Tuberculose sensible que sont, la Rifampicine et l’isoniazide. Elle peut être causée soit par une mauvaise observance au traitement de la Tuberculose sensible, soit encore par une transmission directe d’un patient TBMR dans la communauté ».
Selon le Dr Christian Bitjoka, Médecin à l’hôpital de l’Aéroport de Douala : « La détection de la TBMR au Cameroun repose principalement sur des tests moléculaires rapides comme, le GeneXpert MTS/RIF, qui permet de détecter la tuberculose et la résistance à la Rifampicine, en quelques heures seulement. Nous avons également la culture et test de sensibilité, réalisés dans certains laboratoires spécialisés. Cependant, dans certaines zones rurales, l’accès aux machines GeneXpert reste limité et les délais de transport des échantillons peuvent alors ralentir le diagnostic ».

Dans la même lancée, Dr Danielle Makondi, du PNLT ajoute que : « Depuis quelques mois, le Cameroun a également acquis un autre appareil portable et mobile, qui permet de détecter la résistance à la Rifampicine, que l’on appelle le Truenat. C’est d’ailleurs ce nouvel appareil qui est fortement utilisé à l’hôpital Jamot de Yaoundé, qui est le seul Centre de prise en charge de la TBMR dans la région du Centre. Actuellement au Cameroun, nous disposons de 25 Truenats et 85 GeneXperts, pour les 12 Sites de prise en charge de la TBMR et les 387 Centres de dépistage et de traitement (CDT). S’agissant des traitements disponibles pour la Tuberculose pharmaco résistante, le Cameroun a adopté depuis 2021, suivant les directives de l’OMS, le traitement entièrement oral de 9 mois. Et depuis septembre 2024, toujours suivant les recommandations de l’OMS de 2022, le Cameroun a adopté le traitement entièrement oral, beaucoup plus court, de 6 mois, à base de BPaLM. Ce traitement au BPaLM se déroule en 02 phases. Une phase intensive de 4 mois, pendant laquelle le patient est hospitalisé, car le traitement est directement observable (TDO), pour un meilleur suivi et une bonne prise en charge des effets secondaires. Et ensuite nous avons la phase de continuation qui dure 2 mois et qui se fait en ambulatoire, pendant laquelle le patient est renvoyé en communauté, après que ses examens de crachats soient déclarés négatifs. Il faut dire que pour un accompagnement financier et psychosocial du malade, le PNLT apporte un appui de 30 000 F CFA chaque mois, pour la nutrition de chaque patient TBMR, en plus des visites régulières des APS (Accompagnateurs psychosociaux) en communauté, pour un suivi de proximité, les conseils et l’encadrement psychologique du patient ».
Témoignage d’une patiente
Et pour confirmer ces succès thérapeutiques du BPaLM, nous avons réussi à rencontrer une patiente TBMR, qui a suivi avec succès son traitement oral de 6 mois, qui s’est achevé en octobre 2025, au Centre de prise en charge de l’hôpital Jamot de Yaoundé, où elle a été déclarée totalement guérie, le 18 février 2026, après examen final au Centre Pasteur de Yaoundé. Pour une maladie encore stigmatisante en communauté, madame Blanche XX, a préféré nous donner son témoignage sous anonymat : « Quand je suis tombée malade en janvier 2025, je ne savais pas que c’était la Tuberculose, encore moins la TBMR. J’allais dans les Hôpitaux et Centres de santé dans mon quartier, je prenais des médicaments, on me faisait plutôt des examens des autres maladies, et rien ne marchait. C’est alors qu’un médecin m’a conseillé d’aller voir un peu à Jamot. C’est quand je suis arrivée à l’hôpital Jamot, qu’on a détecté que c’était la TBMR et on m’a hospitalisé pendant 4 mois. Par la suite, j’ai passé les 2 autres mois en communauté. C’était un grand choc pour moi. Mais grâce aux prières et à l’encadrement médical, financier et psycho-social, dont j’ai pu bénéficier à l’hôpital Jamot, avec le dynamisme de la responsable du Centre TBMR, Madame la Major, Mireille Kembou, j’ai pu tenir avec succès ce traitement oral au BPaLM, pendant les 6 mois, jusqu’en octobre 2025. Et suivant les procédures de contrôle, les examens du Centre Pasteur ont déclaré, le 18 février 2026, que je suis totalement guérie. Il faut dire que pendant tous les 6 mois de traitement, je bénéficiais chaque mois de la somme de 30 000 F CFA du PNLT, pour ma nutrition. Cet appui était d’un grand soulagement pour moi et ma famille. En plus, les APS venaient me visiter très régulièrement en communauté pour le suivi et les conseils psychologiques. Ils faisaient même également des dépistages gratuits pour tous ceux de mon entourage, afin de s’assurer qu’il n’y avait pas de cas de contamination. Aujourd’hui je suis en bonne santé et je rends grâce à Dieu ».

Protocole de soins
Loin de toutes les stigmatisations, le Dr. Nana Desmond, rassure de ce que la Tuberculose Pharmaco résistante se soigne bel et bien : « Les recommandations actuelles de l’OMS préconisent des schémas thérapeutiques plus courts et oraux, avec des médicaments de deuxième ligne. Nous avons le BPaLM, qui dure 6 mois et est indiqué pour la plupart des patients TBMR. Comme médicaments principaux, nous avons Bedaquiline, Pretomanid, Linezolid et Monofloxacine. Avec surveillance médicale rapprochée, car toxicité hématologique et neurologique du Linezilide. QT à l’ECG pour bedaquiline. Ensuite, nous avons le schéma long (de 9 – 18 mois), qui est utilisé si le schéma court n’est pas disponible, ou encore si le patient n’y est pas éligible. Avec des effets secondaires bien évidemment. Nous avons comme médicaments utilisés, Groupe A (Bedaquiline, Levofloxacine ou Monofloxacine, Linezolide) ; Groupe B (Clofazimine, Cycloserine) ; et Groupe C (Ethambutol, Delamanid, Pyrazinamide, Imipénème/Méropénème, Amikacine) ».
Echo du terrain
N’ayant malheureusement pas pu avoir accès aux informations officielles de l’hôpital Jamot de Yaoundé, malgré toutes nos démarches administratives, nos différentes investigations autour de ce seul Centre de prise en charge de la TBMR dans la région du Centre, nous ont fait état de ce que, 32 patients TBMR y ont été enregistrés et suivis en 2025 ; 24 cas en 2024 ; 27 cas en 2023 ; contre 47 cas en 2022. Et sur ces 32 patients de 2025, 30 d’entre eux étaient sur traitement au BPaLM, avec des résultats thérapeutiques satisfaisants. Il est important de relever selon nos sources que, cette baisse du nombre de patients TBMR à Jamot, est due entre autres à l’ouverture il y a quelques temps, du Centre de prise en charge TBMR à Ebolowa, pour les patients de la région du Sud, qui venaient tous se faire suivre à Jamot ; et de deux autres Centres en Guinée Equatoriale. Le Gabon n’ayant pas encore de Centre de prise en charge TBMR, ces patients vont plutôt se faire suivre en Guinée Equatoriale, ou à Ebolowa.

De passage au Centre Médical d’Arrondissement (CMA) de Nkomo, qui dispose d’un important Centre de dépistage et de traitement (CDT) de la TB dans la ville de Yaoundé, et avec la diligence De madame le Chef de Centre, Dr. Endalè Laurel, avons souhaité toucher du doigt le parcours du patient TBMR, depuis la base communautaire. A cet effet, la responsable du suivi de ce CDT, madame Ndjié Medjo Lydie, Major de service, nous indique que : « Sur les 236 cas de Tuberculose toutes formes confondues, enregistrés ici au CDT de Nkomo, nous avons détecté seulement 5 cas de TBMR, que nous avons transféré à l’hôpital Jamot. Il faut dire que dans notre CDT de Nkomo, nos malades TB ne sont pas hospitalisés. Nous les suivons en communauté, avec un counseling personnalisé et de proximité. Nous veillons au respect de la prise de leurs médicaments, jusqu’à la fin du traitement, afin d’éviter au maximum la survenance des cas de TBMR. Notre traitement ici est composé essentiellement, pour la première phase qui dure 2 mois, du RHEZ (Rifampicine, Isoniazid, Pyrazinamide, Ethambutol), soit 4 molécules. Et pour la deuxième phase qui va de 4 mois pour les formes simples, à 10 mois pour les formes osseuses, nous avons le RH (Rifampicine, Isoniazid). Chaque jour, même par téléphone, nous invitons nos patients à respecter le traitement et à prendre correctement leurs médicaments. Et nous pensons que jusqu’ici, les résultats sont assez satisfaisants ».
Urgence communautaire
Prenant à bras le corps cette épineuse problématique de santé publique, l’Ong FIS Cameroun, à travers son Chef de Projets, Sonia Kana, nous a présenté en quelques mots, les objectifs majeurs du projet RESPECT, mis en œuvre dans 5 pays au monde, parmi lesquels le Cameroun : « L’objectif général du Projet RESPECT, mis en œuvre au Cameroun par l’Ong FIS Cameroun, est de lever les barrières sur la perception de la TBMR ; afin d’améliorer les performances du PNLT et de favoriser l’extension du traitement court, basé sur le BPaLM. Car, jusqu’à présent, seulement 7,5% de patients sont sous BPaLM. Dans nos prévisions, nous attendons d’ici 2027, une augmentation de 25% du nombre des cas de TBMR diagnostiqués, grâce au renforcement du dispositif de dépistage. Avec une augmentation de plus de 50% du taux de succès du traitement oral court à base du BPaLM. Nous pensons également contribuer à travers ce projet RESPECT, à la réduction de 25% de la mortalité due à la TBMR d’ici 2027, à travers l’amélioration de la prise en charge, du suivi rapproché des patients et l’intégration des interventions communautaires. Sachons que tout le monde peut attraper la TBMR. Et, c’est une maladie qui se soigne cliniquement, avec un bon suivi du traitement ».
Samuel Bondjock.
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