Cameroun – Nigéria – Tensions frontalières à Danare : Un litige fiscal au coeur de la discorde.


  • Direct Info
  • 12 juin 2026

Un sérieux incident diplomatique et sécuritaire a été évité de justesse à la frontière poreuse séparant le Nigeria et le Cameroun. Le mercredi 10 juin 2026, un important détachement de l’armée camerounaise a pénétré dans la communauté nigériane de Danare I, située dans la zone de gouvernement local (LGA) de Boki, dans l’État de Cross River.

Cette intrusion a donné lieu à un face-à-face tendu avec les populations locales avant que les canaux officiels ne permettent d’amorcer un repli des troupes. Selon les détails logistiques et les témoignages concordants parvenus de la zone, le contingent camerounais – dont l’effectif est estimé entre 50 et 200 hommes selon les sources – a franchi la ligne de démarcation pour s’avancer au cœur de cette localité nigériane.

Le déroulement des faits met en lumière la rapidité de la crise. Des groupes de jeunes et des résidents locaux se sont interposés, barrant la route aux militaires en réaffirmant fermement la souveraineté nigériane sur Danare.

La confrontation, particulièrement vive, s’est cristallisée aux abords immédiats d’une église catholique locale. Face à la foule hostile et désarmée, les soldats camerounais ont fait usage de leurs armes à feu, tirant de nombreux coups de semonce en l’air pour disperser les manifestants.

L’intervention rapide des leaders communautaires locaux, notamment de l’ancien vice-président du LGA, Kingsley Mbia, combinée à l’alerte transmise aux forces nigérianes, a permis de figer la situation avant qu’elle ne dégénère en affrontement sanglant.

L’élément déclencheur de cette incursion militaire ne relève pas d’une planification stratégique de haut niveau, mais d’un conflit foncier et fiscal de proximité. Les militaires camerounais entendaient imposer et collecter des taxes (levies) sur des exploitations agricoles exploitées dans cette bande frontalière grise située entre Danare (côté Nigeria) et le district de Dadi (côté Cameroun). Les autorités camerounaises locales revendiquent en effet une juridiction fiscale sur ces terres particulièrement fertiles, une lecture contestée par les paysans nigérians.

Avisée en urgence, la Base d’Opérations Avancée (Forward Operating Base) de l’armée nigériane stationnée à Danare a immédiatement activé les protocoles de crise frontaliers. Les officiers nigérians ont pris langue avec leurs homologues camerounais, exigeant et obtenant le retrait sans délai des troupes derrière leur ligne de souveraineté. Fort heureusement, aucune victime ni aucun blessé n’est à déplorer.

Cependant, sur le plan politique, l’incident suscite une vive indignation. Des élus de l’État de Cross River, à l’instar du député Victor Abang, ont fermement condamné cette incursion, la qualifiant de « violation flagrante de la souveraineté territoriale du Nigeria ».

Cet incident est loin d’être isolé cas les résidents de Danare affirment qu’il s’agit de la quatrième incursion de ce type documentée depuis 2017.

Bien que la frontière internationale ait fait l’objet d’un arbitrage majeur par la Cour Internationale de Justice (CIJ) en 2002 (Arrêt Bakassi) et de l’Accord de Greentree, la démarcation physique sur le terrain reste par endroits invisible ou contestée.

Cette porosité, couplée à la forte pression sécuritaire que connaît la région Sud-Ouest du Cameroun (crise anglophone), favorise des frictions récurrentes entre patrouilles militaires, agriculteurs et chefs traditionnels autour du contrôle des ressources et des axes commerciaux.

Peter Kum

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