
Rumeurs de « wack » mystique, embouteillages monstres, théories du complot et délires sur TikTok. Chronique d’un mardi matin, 30 juin 2026, où un pot en terre cuite s’est improvisé roi du bitume burkinabè, selon le Journal L’Œil du Sahara.

Il est 7h30 ce mardi, 30 juin 2026. Le cœur de la capitale burkinabè bat son plein. Concert de klaxons des motocyclistes, volutes de fumée noire des bus de transport et effluves des premiers beignets du matin. Un tableau urbain on ne peut plus classique, jusqu’à ce que l’impensable se produise. Au beau milieu d’un carrefour stratégique, un canari (pot en terre cuite) trône, immobile, sur l’asphalte.
Si l’installation a tout d’une plaisanterie potache, l’effet sur les usagers de la route a été immédiat et électrique. Personne n’a ri.
Les premiers automobilistes ont pilé sec, déclenchant des réactions en chaîne. En quelques minutes, la superstition et la curiosité contemporaine ont transformé le carrefour en une véritable attraction. Signes de croix discrets pour les uns, crachats conjuratoires au sol pour les autres. Sortie immédiate des smartphones. À Ouagadougou, si une scène insolite n’est pas sur TikTok dans l’heure, c’est qu’elle n’existe pas.
Les voitures tentant des demi-tours hasardeux, les motos se faufilant avec frénésie et un camion de livraison essayant de forcer le passage par le trottoir. Un chaos total face à un canari stoïque et fier, affichant plus de dignité qu’un officiel en tournée.
Faute d’explication logique, la foule massée sur les trottoirs s’est improvisée experte en paranormal. Pour la majorité, l’objet relève du wack (rituel mystique).
Les analyses ont rapidement fusé : « Regardez, il est orienté vers le nord, ça veut dire que la pluie va arriver », lance un vieux notable très sérieux.
« Non, ça veut dire que quelqu’un veut ruiner son voisin », tranche une commerçante en pagne.
« Moi, je crois que c’est Mamadou qui a laissé tomber son petit-déjeuner », tente un lycéen, aussitôt foudroyé du regard par l’assistance.
Même l’agent de la circulation routière, dépêché sur les lieux, est resté coi, le nez sur son téléphone, conscient qu’il n’existe aucun service municipal dédié aux « pots potentiellement ensorcelés ». Le paroxysme est atteint lorsqu’une vieille dame assise à proximité murmure que le pot s’est peut-être « posé tout seul », faisant reculer la foule d’un pas unanime.
À la mi-journée, l’affaire s’est emparée de la toile burkinabè, donnant lieu aux spéculations les plus folles. Certains internautes jurent que le canari « bouge toutes les heures » ou qu’il a « cligné de l’œil ». D’autres affirment qu’il recèle un billet de 10 000 FCFA et le portrait d’un chef d’État. Les plus pragmatiques y voient un coup marketing agressif pour une marque de beurre de karité.
Chaque tentative d’approche par les plus téméraires était instantanément douchée par des cris du public : « Attention, il va exploser ! » ou « C’est le fantôme de la Patte d’Oie ! ».
Le feuilleton a finalement pris fin en début d’après-midi grâce au courage très terre-à-terre d’un agent de la mairie. Arrivé en camionnette, l’employé municipal a bravé les malédictions : il a ramassé l’objet, l’a secoué (vide), l’a retourné (rien en dessous) et l’a jeté à l’arrière de son véhicule, sous les applaudissements nourris d’une foule soulagée.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais la légende urbaine a déjà pris le relais. Certains murmurent que le canari mystique aurait été aperçu près du marché central ou à un autre carrefour, porteur d’un message invisible : « Je reviens demain. Préparez vos offrandes. »
En attendant, les Ouagalais sont prévenus : si un canari barre votre route, ne klaxonnez pas, faites poliment demi-tour et saluez la nouvelle légende en terre cuite de la capitale.
Peter Kum
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