Cameroun – Épidémies et pandémies : Le ventre mou du dispositif de santé publique.


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  • 30 juillet 2025

Malgré l’ensemble des structures spécialisées, programmes prioritaires, comités nationaux, organisations et institutions de lutte contre les maladies, conformément à la vision 2035 déclinée dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), sans oublier les ressources humaines et matérielles, mobilisées par le gouvernement du Cameroun pour améliorer le bien-être physique, mental et social de ses populations, la recrudescence des épidémies et pandémies, comme le choléra, ou encore la Covid-19 très récemment, laisse transparaitre en toute évidence des failles systémiques dans le dispositif sanitaire de prévention et de riposte contre ces tueuses silencieuses, qui continuent à causer de nombreux décès au sein des communautés nationales.

Le profil sanitaire actuel du Cameroun, présenté dans le Plan stratégique national 2020-2024, affiche comme principales causes de morbidité, les maladies infectieuses, parmi lesquelles le VIH/SIDA (11,48%), le paludisme (10,77%), les infections respiratoires (10,12%) et les maladies néonatales (11,27%). Les maladies cardio-vasculaires ne représentant que 4,67% et les cancers 2%.

D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son rapport 2018, classe le Cameroun au 9e rang des pays les plus touchés par le paludisme ; avec 2 481 cas de décès en 2022, contre 4 510 décès enregistrés en 2019. Soit une réduction significative de l’ordre de 45%. Le rapport sur le paludisme dans le monde, de 2022, a estimé à 247 millions, le nombre de cas de paludisme enregistré en 2021, pour 619 000 cas de décès, liés à ce fléau.

Un autre rapport de l’OMS, publié en 2022 sur la tuberculose dans le monde, précise également que 10,6 millions de personnes étaient attentes de la tuberculose en 2021 et que plus du 1/10, soit environ 1,4 million de ces personnes en sont mortes. Soit beaucoup plus que celles qui sont mortes du paludisme et du VIH/SIDA réunis. Ce qui fait de la tuberculose la pandémie la plus meurtrière de la planète, très loin devant le paludisme et le VIH/Sida.

Dispositif sanitaire

Ainsi, le Ministère de la santé publique, dans l’implémentation de la politique gouvernementale de prévention et de riposte contre la maladie, articule ses différentes interventions sur la base d’une carte sanitaire nationale qui présente environs 200 aires de Districts de Santé ; 6 202 formations sanitaires ; 1 888 Centres de santé intégrés publics ; 760 Centres des santé privés ; 155 Centres médicaux d’Arrondissements ; 164 Hôpitaux de Districts ; 331 Pharmacies privées ; pour une ressource humaine estimée à 38 207 personnels de santé, soit 1 842 Médecins seulement. Ce qui conduit à des ratios alarmants de 1 Médecin pour environs 10 535 habitants et 1 infirmier pour 1 023 habitants. Ce qui est très en deçà des normes prescrites par l’organisation mondiale de la santé (OMS).

Structures opérationnelles

C’est donc dans ce contexte particulièrement difficile que les réponses aux pandémies et aux épidémies doivent se construire. D’où les taux de mortalité qui s’avèrent encore assez élevés au Cameroun, notamment pour les trois grandes pandémies que sont le VIH/SIDA, le Paludisme et la Tuberculose.

Néanmoins, pour faire face à ses différents fléaux de santé publique, le Cameroun s’est doté de plusieurs structures de coordination et d’encadrement des interventions sur le terrain, à savoir, les comités nationaux et les programmes sectoriels. C’est ainsi que le Comité national de lutte contre le Sida (CNLS), sera alors créé en 1999. Il est piloté aujourd’hui par un Secrétaire permanent, en la personne du Dr Fokam Joseph, secondé dans cette mission par le Dr Abossolo Jean Claude. Le Programme national de lutte contre la Tuberculose (PNLT), crée par décision du 29 juillet 2002, est chapeauté par le Dr Noah Awono Appolonie, en sa qualité de Secrétaire permanente. Et le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) quant à lui, créé toujours en 2002, a pour secrétaire permanent, le Dr ZE Meka Albert Franck. Les autres épidémies comme l’onchocercose, la rougeole, la variole, la fièvre jaune, ou encore le choléra, font également l’objet d’une surveillance épidémiologique particulière au niveau du Ministère de la santé publique, via la Sous-direction de la lutte contre les épidémies et pandémies (SDLEP), avec à sa tête le Dr Onambélé Paul. Et des campagnes de vaccinations sont régulièrement organisées à cet effet, pour renforcer le système de prévention chez les personnes vulnérables.

Approche communautaire de la lutte.

Aux côtés de tous ces dispositifs institutionnels de santé publique, le volet communautaire de la prévention et de la riposte contre les grandes pandémies et les épidémies, vaut tout son pesant d’or, au Cameroun et partout ailleurs. C’est dans cette dynamique inclusive et participative que l’ONG FIS Cameroon, l’un des acteur national de la lutte contre les trois grandes pandémies, que sont le Paludisme, le VIH/SIDA et la Tuberculose, mobilise assez régulièrement, dans le cadre de ses activités régaliennes, plus d’une quinzaine de plateformes nationales et de réseaux communautaires, impliqués dans ce combat titanesque. Cette initiative s’inscrit alors dans le cadre du projet COPPER CE, soutenu par le Fonds mondial, qui vise à faire des communautés, de véritables actrices des bonnes pratiques en matière de santé publique. Car selon le Directeur exécutif de FIS Cameroon, Bertrand Kampoer : « il est toujours impératif d’impliquer les organisations de la société civile dans la planification et la mise en œuvre des politiques de préparation et de réponse aux pandémies. Surtout que, sans la voix de ces communautés, aucun système de santé ne peut prétendre à la résilience, ni à l’équité. C’est donc dans la dynamique d’une feuille de route commune, orientée vers les plaidoyers, l’inclusion et la durabilité, que nous déployons nos équipes sur le terrain, pour toucher ces communautés vulnérables jusqu’au dernier kilomètre ».

Ces différentes plateformes que sont, COSCA Santé, CS4ME, RéCAJ+, PROVARESSC, TBPeople Cameroun, REMCESS, DEMTOU, RESYPAT, ROOHCAM, OFIF et bien d’autres, réunies autour du projet COPPER CE, piloté par Mlle Bernadette Ngo Bikotok, se partage mutuellement leurs expériences de terrain, en mettant en lumière la diversité des approches, la richesse des initiatives et surtout les défis communs rencontrés dans l’action communautaire. Pour elle également : « Toutes ces approches et stratégies, convergent vers le constat selon lequel, il est nécessaire de construire une meilleure intégration des communautés dans les instances de gouvernance sanitaires au Cameroun et dans le monde ».

Péril sur les ressources

En effet, tous ces comités et programmes nationaux de riposte contre la maladie, s’appuient sur des groupes techniques, tant au niveau central que régional, qui de façon opérationnelle, encadrent les interventions sur le terrain, auprès des acteurs publics, privés et même communautaires ; avec notamment l’accompagnement des partenaires techniques et financiers. Au Cameroun précisément, en adéquation avec le Plan stratégique national, la riposte aux épidémies et pandémies s’articule autour de trois piliers majeurs que sont, la prévention des nouvelles infections, l’accès au traitement et la réduction de l’impact de la maladie.

Pour le cas de la lutte contre la tuberculose par exemple, on dénombre environs 261 Centre de diagnostic et de traitement (CDT) sur l’ensemble du territoire national, avec seulement 5 500 à 6 000 agents de santé communautaires (ASC) qui travaillent au niveau de ces aires de santé. Sans compter avec la faiblesse des financements, qui affiche des déficits de plus de 60% sur les budgets prévisionnels. Soit un financement effectif de 48 459 527 000 FCFA sur les 80 945 470 000 FCFA nécessaires pour financer les activités du PSN 2023-2026, pour la lutte contre la tuberculose.

Pareillement, le Plan stratégique national 2024-2028 de lutte contre le paludisme, qui affiche un coût global de 380 396 729 359 FCFA sur les activités planifiées pour l’atteinte des objectifs projetés, a certainement du mal à se faire exécuter à plus de 60% de ses prévisions, au regard des précédents rapports d’activités. D’où un gap important d’activités qui ne pourront pas être exécutées. S’agissant de la lutte contre le VIH/SIDA, le dernier PSN 2021-2023 se chiffrait à 101 437 060 909 FCFA, en termes de besoin national en ressources financières pour son exécution. Mais précisément pour l’exercice 2023 du PNLS, la mobilisation effective des fonds de riposte au VIH, suivant le rapport d’activités aura été de 19 753 176 844 FCFA, sur les 29 548 538 793 FCFA budgétisés. Soit 66,85% de taux de réalisation. Le gap reste toujours important malgré tous les efforts du gouvernement camerounais, avec l’appui de ses bailleurs de fonds.

Crises sécuritaires

Toutefois, il est important de souligner que la situation sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans la partie septentrionale et le long de la frontière avec la République centrafricaine, a gravement exacerbé le climat sanitaire dans ces localités du Cameroun. En 2023 par exemple, le nombre de réfugiés au Cameroun, selon le HCR (Haut-commissariat pour les réfugiés) était de 485 741, contre 683 238 déplacés internes. Tous ceux-ci méritent aussi bien une couverture sanitaire adéquate, qui les protège des épidémies et pandémies. Autant de sollicitations opérationnelles, qui nécessitent également d’importantes ressources financières et humaines, que le gouvernement du Cameroun devra s’engager à mobiliser auprès de ses partenaires, d’ici 2030, pour l’atteinte des indicateurs de santé publique, prescrits dans les Objectifs de développement durable (ODD).

Interview

Interrogé par notre reporter, un haut responsable du PNLT va nous révéler que : « La mise en œuvre d’un PSN nécessite des moyens financiers assez importants, au regard des différentes interventions à mener sur l’ensemble du territoire national, jusqu’au niveau des populations du dernier kilomètre. Il nous faut par exemple un déploiement beaucoup plus important de Mentors ICF, d’APS, d’ACRA, d’ASCP et de Bikers, afin de mieux quadriller notre territoire. En outre, les objectifs de performance du PSN prévoit également une augmentation de l’offre en CDT (461), en CT (165), en FOSA satellites (3227), en équipements informatiques pour le personnel central, en médicaments (RHEZ, RH), en appareils de laboratoires (Microscopies, techniques moléculaires GeneXperts, etc) et en matériels roulants (véhicules, motos), pour une meilleure mobilité des équipes d’interventions ».

Samuel Bondjock

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