Cameroun – Marché du poisson : Face à 18 importateurs défaillants l’État veut redistribuer les quotas.


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  • 7 novembre 2026


À moins de deux mois des fêtes de fin d’année, le gouvernement réorganise le dispositif d’importation du poisson. Sur les 52 opérateurs agréés pour l’exercice 2026, 18 n’ont effectué aucune importation au 4 novembre 2026. Une situation qui relance le débat sur la répartition des quotas et la sécurité de l’approvisionnement du marché national.

Le gouvernement veut éviter que les difficultés d’approvisionnement en poisson ne perturbent les marchés camerounais pendant les fêtes de fin d’année. Le 4 novembre 2026 à Yaoundé, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a réuni les administrations concernées et les opérateurs de la filière halieutique pour examiner l’exécution des autorisations d’importation accordées pour l’année en cours.

Au cœur des échanges, un constat préoccupant. Selon les données présentées par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), 18 des 52 entreprises bénéficiaires de quotas n’avaient importé aucune quantité de poisson depuis le début de l’année. La plupart des autres opérateurs n’avaient réalisé que des importations marginales. Seules Congelcam et la société Akain Nicolas Luis se distinguaient par des opérations significatives.

Pour 2026, les autorisations d’importation portent sur près de 200 000 tonnes. Congelcam, dirigée par le sénateur Sylvestre Ngouchinghe, en détient 130 000 tonnes, soit environ 66 % du volume global. Les 51 autres opérateurs se partagent le reliquat.

Face à cette faible exécution des quotas par une partie des bénéficiaires, Luc Magloire Mbarga Atangana a demandé au MINEPIA de réattribuer les volumes non utilisés aux entreprises disposant des capacités financières, logistiques et de stockage nécessaires. La proposition a reçu l’accord du représentant de cette administration.

Toutefois, les autorités n’ont pas encore précisé le tonnage concerné ni le calendrier de cette redistribution.

Une alerte de Congelcam à l’origine des discussions

Cette concertation intervient après l’alerte lancée le 15 octobre par Congelcam sur les risques de tension dans l’approvisionnement du marché dès la fin novembre.

L’entreprise expliquait avoir reçu initialement un quota de 100 000 tonnes pour 2026, contre 200 000 tonnes importées en 2025. Après une demande de réajustement adressée au gouvernement le 18 septembre, elle affirme avoir obtenu une autorisation supplémentaire de 30 000 tonnes.

L’entreprise estimait alors ce volume insuffisant pour couvrir les besoins du marché jusqu’à la fin de l’année. Elle mettait notamment en cause les difficultés liées à la gestion des quotas et les capacités opérationnelles de certains autres importateurs.

Les données présentées lors de la réunion du 4 novembre apportent un nouvel éclairage sur ce dossier. Elles montrent que, sur les 52 bénéficiaires, plusieurs n’ont pas mobilisé les autorisations obtenues. Le gouvernement entend désormais corriger cette situation en orientant les volumes disponibles vers les opérateurs en mesure de les exploiter.

Un marché encore dépendant des importations

L’enjeu est important pour un pays dont la consommation annuelle de poisson est estimée à environ 500 000 tonnes. Selon les chiffres présentés à la concertation, la production nationale a atteint près de 259 000 tonnes en 2025. Les importations restent donc indispensables pour satisfaire la demande.

Les données provisoires de l’Institut national de la statistique (INS), rapportées par la presse économique, font état de 267 601 tonnes de poissons et crustacés importées en 2025, en hausse de 29 % par rapport à l’année précédente. Leur valeur a progressé de 37,8 %, pour atteindre 231,3 milliards de FCFA.

Ces chiffres illustrent le poids économique de l’approvisionnement extérieur dans le secteur halieutique.

Pour fluidifier les opérations, le ministre du Commerce a également demandé au MINEPIA de renforcer sa collaboration avec la Société générale de surveillance (SGS), notamment pour éviter les blocages administratifs susceptibles de retarder l’acheminement des cargaisons autorisées dans les ports de Douala-Bonabéri.
L’aquaculture locale appelée à prendre le relais.

La concertation a également porté sur la réduction progressive de la dépendance aux importations. Dans le cadre du Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH), le gouvernement entend encourager la production locale et protéger les filières aquacoles, notamment celles du tilapia et de la carpe.

Luc Magloire Mbarga Atangana a ainsi invité les producteurs camerounais à renforcer leur présence sur le marché, en travaillant davantage sur la commercialisation et la distribution. Le ministère du Commerce prévoit de les accompagner dans l’exposition de leurs produits dans les grandes surfaces et les supermarchés, ainsi que lors des opérations promotionnelles.

À court terme, la redistribution des quotas doit contribuer à sécuriser les stocks disponibles. À plus long terme, le développement de l’aquaculture reste un chantier important pour réduire la facture des importations. Entre ces deux impératifs,} la question demeure celle de la disponibilité effective du poisson et de son prix pour les ménages pendant les fêtes.

Natacha Mbarga

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