Économie – Dossier Mbalam : Le Cameroun assommé par une ardoise historique.


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  • 1 août 2026

Le pays est condamné à payer 355 milliards de FCFA à SUNDANCE RESOURCES.

L’épée de Damoclès qui planait sur les finances publiques camerounaises s’est officiellement abattue, ce 26 juillet 2026.

La Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris a rendu son verdict dans le long feuilleton opposant Yaoundé au groupe australien Sundance Resources et sa filiale Cam Iron : le Cameroun est condamné à verser environ 616 millions de dollars américains, soit près de 355 milliards de FCFA. Une ardoise colossale qui vient sanctionner l’extraction manquée de l’un des plus grands gisements de fer au monde et raviver le débat sur la gouvernance des mégaprojets miniers en Afrique centrale. Au cœur de la tempête, le gigantesque gisement de fer transfrontalier de Mbalam-Nabeba, à cheval entre le Cameroun et le Congo. Attribué dès 2012 à Sundance Resources, le projet promettait de transformer le paysage économique régional grâce à une infrastructure titanesque : un chemin de fer de plus de 500 kilomètres pour évacuer le minerai vers un terminal minéralier dédié au port en eau profonde de Kribi. Mais le rêve s’est rapidement englué dans les sables mouvants de la finance internationale.

Jugeant que Sundance tardait à mobiliser les milliards nécessaires aux infrastructures, Yaoundé a fini par retirar les permis miniers accordés à l’opérateur australien. Contestant cette éviction, Sundance a engagé un bras de fer juridique avant d’attaquer frontalement le Cameroun devant la CCI de Paris. La sentence arbitrale s’appuie sur des manquements contractuels clairs attribués à l’État camerounais, mais aussi sur un faux pas de procédure déterminant : Yaoundé a violé une ordonnance d’urgence émise par la CCI en mars 2022, qui lui interdisait formellement de réattribuer le permis de Mbalam à un tiers avant la fin de l’arbitrage. Bien que la note de 355 milliards de FCFA soit vertigineuse pour le trésor public camerounais, elle constitue une « victoire en demi-teinte » pour le gouvernement. Sundance réclamait initialement près de 3 000 milliards de FCFA de dommages et intérêts. Le tribunal a rejeté plus de 93 % des prétentions financières de l’entreprise australienne. L’autre grand gagnant de cette affaire se trouve outre-Atlantique. La procédure de Sundance a été financée par Burford Capital, le géant américain du litigation funding (financement de contentieux). En investissant sur l’issue positive de ce procès, la firme américaine s’assure une juteuse plus-value : si la sentence est exécutée dans son intégralité, Burford pourrait empocher plus de 100 milliards de FCFA.

Une illustration parfaite de la manière dont les litiges souverains africains sont devenus des actifs financiers hautement rentables pour la finance de Wall Street. Il est toutefois crucial de noter que la condamnation n’est pas encore exécutée : le Cameroun dispose encore de voies de recours (notamment une procédure en annulation devant les juridictions françaises) ou de la possibilité de négocier un accord de gré à gré à la baisse pour échelonner ou solder cette dette. Après plus de 15 ans de procédures, d’annulations et de conflits, le minerai de Mbalam reste désespérément sous terre. Pendant que la justice internationale tranche, le Cameroun ne perçoit aucun revenu minier direct sur ce gisement.

Cette affaire met en lumière la fragilité des partenariats public-privé dans le secteur extractif africain et rappelle aux États la nécessité absolue d’allier souveraineté économique et strict respect des engagements contractuels pour éviter le piège des arbitrages internationaux hors de prix.

Georges Parfait Owoundi

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