
La création d’un comité de réécriture du roman national suscite de vifs débats lors de la séance plénière du 29 mai 2026 à l’Assemblée nationale de l’hémicycle de N’Djamena. Sur fond d’interrogations politiques et identitaires communes à toute la sous-région, le député François Djekonbé soulève des questions.
« Pensez-vous, Monsieur le Ministre, que réécrire l’histoire du Tchad signifie que celle qui existe est erronée ? Ce comité a-t-il vocation à remettre en cause l’ensemble de l’histoire du Tchad ou seulement une partie de celle-ci ? » Cette interpellation directe du député François Djekonbé loin d’être une simple joute oratoire, traduit la profonde crise de confiance qui entoure les chantiers mémoriels officiels. En questionnant la légitimité et la portée de cette initiative, le parlementaire s’est fait le porte-voix des sceptiques qui redoutent une instrumentalisation politique du passé à des fins de légitimation contemporaine.
En fait, c’est lors du débat houleux à l’Assemblée nationale portant sur la création du comité chargé de la réécriture de l’histoire du Tchad, que le député François Djekonbé est monté au créneau pour bousculer les certitudes gouvernementales. Face au ministre d’État qui défendait la décision de l’État de créer officiellement cette commission scientifique nationale , l’élu a posé les mots là où la mémoire collective saigne encore .
Cette controverse tchadienne résonne avec une acuité particulière au Cameroun et dans l’ensemble de la zone CEMAC, où la question du « récit national » demeure un chantier postcolonial hautement inflammable. Qu’il s’agisse de l’évaluation des figures de l’indépendance, de la gestion des mémoires douloureuses des guerres civiles ou de la place des différentes communautés dans l’historiographie officielle, l’Afrique centrale fait face au même défi . Tels que : comment unifier sans gommer les vérités plurielles ? En ouvrant la boîte de Pandore de la réécriture historique, les autorités tchadiennes s’engagent sur un chemin de crête où la frontière est mince entre la nécessaire décolonisation des esprits et le risque d’une réécriture sélective dictée par l’agenda des vainqueurs du moment.
Pour le Tchad, l’enjeu de cette réécriture dépasse la simple rigueur académique ; il s’agit d’un impératif de souveraineté et de cohésion sociale nationale. Dans un pays marqué par des décennies de fractures internes et de récits conflictuels, la construction d’un socle historique commun, inclusif et débarrassé des filtres coloniaux ou partisans, apparaît essentielle pour consolider l’unité et réconcilier les mémoires. Cette controverse tchadienne résonne d’ailleurs avec une acuité particulière au Cameroun et dans l’ensemble de la zone CEMAC, où le « récit national » demeure un chantier postcolonial hautement inflammable.
En ouvrant ce dossier, les autorités s’engagent sur un chemin de crête crucial pour l’avenir : réussir une véritable décolonisation des esprits sans céder au piège d’une histoire sélective écrite par les seuls vainqueurs du moment.
Joël Godje Mana
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