
C’est un véritable coup dur pour le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) au Cameroun, notamment dans la partie septentrionale du pays. L’usine CIMFIG (CIMENCAM Figuil), fleuron industriel de la région du Nord, a annoncé le 2 juin 2026, l’arrêt temporaire de l’ensemble de ses lignes de production de ciment. Cette paralysie brutale fait suite à une décision radicale de la SOCADEL, opérateur public de distribution de l’électricité au Cameroun, de procédé à l’« effacement », (la déconnexion), temporaire de l’usine du Réseau Interconnecté Nord (RIN) ; dans le but de préserver la stabilité générale du système électrique régional.
Faute d’une alimentation électrique stable et suffisante, la direction de CIMFIG n’a pas eu d’autre choix que de suspendre ses activités de broyage et de cuisson de ses matériaux. Cette situation intervient alors que le complexe industriel venait tout juste de franchir un cap historique.
En effet, un an plus tôt, c’est à dire en juin 2025, l’entreprise avait inauguré en grande pompe une nouvelle ligne de production ultra-ambitieuse dotée d’investissements colossaux, portant sa capacité de production à 500 000 tonnes de ciment par an ; et 1 000 tonnes de clinker par jour.
Cette extension majeure devait précisément permettre de combler le déficit structurel en matériaux de construction dans le Grand-Nord du Cameroun ; en dopant les exportations camerounaises vers le marché voisin du Tchad.
Le grand désarroi des consommateurs et des distributeurs de ciment se fait déjà ressentir sur le marché local. Cet arrêt technique forcé, fait peser une lourde menace de spéculation, sur la probable hausse des prix du sac de ciment, ainsi que sur le gel de nombreux chantiers d’infrastructure clés dans les régions du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua.
Cette crise met en exergue les difficultés chroniques d’approvisionnement énergétique qui minent le tissu industriel camerounais. Bien que le gouvernement ait fixé à la SOCADEL un objectif de redressement d’urgence en 100 jours, les tares structurelles du RIN (réseau interconnecté nord), qui sont entre autres, le déficit de production, la vétusté des lignes de transport et les pertes techniques en cascade, continuent de dicter leur loi.
En choisissant de sacrifier momentanément un gros client industriel de premier plan comme CIMENCAM, pour éviter un black-out généralisé dans les ménages, la SOCADEL démontre à suffisance les réalités de la gestion à flux tendu, à laquelle elle est désormais condamnée. En attendant des solutions lourdes et durables qui viendront d’une part de la mise en oeuvre de plan de restructuration de l’entreprise proposé par le Conseil d’administration du 28 mai 2026 ; et d’autre part du plan directeur de la production énergétique présenté par l’État du Cameroun, sur les prochaines années.
Peter Kum
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